> Nucléaire : Fukushima J+150 et premières conséquences pour la filière renouvelable

Publié le par enerli

Le 11 mars, la centrale de Fukushima ployait sous l'assaut du tsunami. Cinq mois plus tard, quelles leçons en tirer pour le développement des renouvelables, notamment du solaire ?

Les plaies du double cataclysme tellurique et marin qui a frappé le Japon sont loin d'être pansées : des milliers de familles sont encore sans abri, et la reconstruction des habitations et infrastructures est à peine entamée.


Cela étant, on peut avoir confiance dans la capacité du pays à se relever de cette catastrophe et  il nous semble pertinent de dégager, pour notre compréhension à tous, quelques tendances générales, et notamment plusieurs qui affectent la filière de l'énergie solaire.


Politiques énergétiques. Les réactions concernant les politiques énergétiques ont été contrastées suivant les pays.

 

Dans un premier camp, les pays comme l'Allemagne, la Suisse ou l'Italie  ont décidé d'un arrêt progressif de leurs installations nucléaires.

 

Dans un deuxième groupe rassemblant la France, le Royaume-Uni, ou la Chine, il n'est certainement pas question d'arrêt « anticipé » des centrales. Et par exemple en Grande Bretagne la « décarbonisation » de l'économie passe toujours par le programme de renouvellement du parc nucléaire.

 

Entre ces deux positions, celle notamment du Japon : des efforts d'économie d'énergie massifs et ingénieux sont mis en œuvre au cœur du lourd et chaud été nippon, avec des résultats probants. Par ailleurs, le Premier Ministre Naoto Kan et certains de ses successeurs possibles prônent une sortie progressive du nucléaire, le gouvernement mettant dorénavant l'accent sur un accroissement important de la part des énergies renouvelables dans le « mix » japonais. En fait, cela renouerait avec la position pionnière du Japon notamment dans le solaire durant les années 1980-90, et prendrait aussi en compte le fait que les différences de coûts entre énergie classique et énergie renouvelable se sont réduites considérablement, voire volatilisées.


Stratégies des groupes. Du côté des énergéticiens, là aussi les réactions sont contrastées : si TEPCO l'opérateur de la centrale de Fukushima est en situation de quasi-faillite, on note une inflexion très claire des acteurs internationaux du secteur en faveur des énergies renouvelables.

 

C'est le cas de l'américain General Electric, ou de l'allemand Siemens. Par ailleurs, coïncidence ou accélération de calendrier, il est frappant de voir que le groupe pétrolier français Total a racheté SunPower, le 2ème producteur américain de panneaux.


Evolution des prix. Au plan méso-économique, on notera aussi que pour la partie amont de la filière mondiale photovoltaïque, des volumes de stocks importants (record) ont été enregistrés à la fin du 1er semestre, qui pourraient laisser anticiper une poursuite voire une accélération de la baisse tendancielle des prix.

 

La conséquence très claire au plan mondial est que la « parité réseau » est d'ores et déjà atteinte dans plusieurs zones du monde : le prix de revient du kWh solaire est inférieur ou égal au prix de vente d'un kWh classique livré aux clients, en Italie du Sud, dans certains Etats ensoleillés des USA, d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine.

 

En France la baisse du prix des installations et les hausses à venir du prix de l'électricité nucléaire (loi NOME + renforcement de la sécurité des centrales et de la capacité du réseau) permettra la parité réseau d'ici 5 ans au plus (pour le Sud métropolitain)

 

Bien sûr, les opérateurs historiques des filières parviennent souvent à garder des parts de marché, mais comment les équipes d'EDF peuvent-elles ne pas voir que des investissements à 60 ou 80 ans comme ceux qui sont consentis dans les centrales atomiques de « nouvelle génération » seront des semelles de plomb quand les consommateurs seront aussi producteurs à meilleur marché d'une bonne partie de leur énergie, via leurs toits ?

 

Que deviendra EDF dans ce contexte, face à ses concurrents allemands ou chinois qui anticipent à marche forcée cette prochaine situation ? Sans compter que les retards supplémentaires annoncés récemment pour l'EPR vont très vite rendre les contrastes entre solaire et nucléaire encore plus criants ...


Maigres avancées pour le solaire : le Grand Emprunt avec quelques saupoudrages pour la recherche, et aussi vraisemblablement un Institut du Photovoltaïque en couches minces (pour inciter des industriels à essayer de combler dans un sprint effréné notre retard accumulé depuis plus de 10 ans ). Bien sûr, le conservatisme pourrait inciter à rappeler que le lièvre ne parvient pas à rattraper la tortue dans la fable. Mais on ne peut pas travailler dans le solaire et être conservateur, aussi on espèrera une galvanisation de dernière minute si typique de notre génie national ...!


Src : Patrick HUBERT, Fondateur de SolarNet du 24 août 2011 © L'Expansion

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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