> ECONOMIE : POURQUOI UNE DEGRADATION DE LA FRANCE N'AFFOLE PLUS GRAND MONDE...

Publié le par enerli

 

19.09.2014 - Rien ne sera donc épargné au gouvernement pour cette rentrée. Selon le journal l’Opinion, l’agence de notation Moody’s pourrait annoncer vendredi soir une nouvelle dégradation de la note française. Celle-ci passerait du deuxième au troisième rang sur l’échelle de l’agence, qui en compte vingt et un. Une sanction qui, si elle se confirme, relancera sans doute le débat sur le déclin de l’Hexagone et son décrochage vis-à-vis de l’Allemagne. Sans, pour autant, avoir de grandes conséquences économiques pour notre pays – si l’on en juge par les suites des dégradations déjà intervenues depuis 2012. 


A quoi servent les notes ?


Les notes attribuées par les agences de notation servent à évaluer la probabilité qu’une entité économique, privée ou publique, ne puisse pas faire face à ses obligations financières. Trois grandes agences sont particulièrement influentes dans ce domaine : Standard&Poor’s, Moody’s et Fitch. Chacune d’entre elles a déjà dégradé la France à une ou deux reprises. En juillet 2013, Fitch a été la dernière agence à retirer sa note maximale à Paris. Moody’s l’avait fait dès novembre 2012, justifiant sa décision par un «risque» planant sur la croissance française, par «une perte de compétitivité graduelle mais continue» ainsi que par «des rigidités des marchés du travail, des biens et des services».


En août 2014, l’agence avait salué les initiatives du gouvernement en matière de compétitivité. Tout en estimant que «le risque lié[à leur mise en œuvre] est significatif du fait de[leur] ampleur sans précédent, des contours encore imprécis d’un grand nombre de mesures, des tensions politiques ambiantes et de la fragilité de la croissance économique». 

 

Quel impact économique ?


Théoriquement, une dégradation traduit la plus grande exposition d’un Etat à un «accident de crédit». Elle est donc censée entraîner une augmentation des taux auxquels cet Etat emprunte sur les marchés. Passée par quatre dégradations successives depuis janvier 2012, et peut-être bientôt cinq, la France devrait donc avoir connu une envolée de ses taux. C’est en fait tout l’inverse qui s’est produit : malgré un léger rebond ces dernières semaines, les taux auxquels elle emprunte sont au plus bas. Début septembre, elle a même emprunté à court terme à des taux négatifs – autrement dit, les investisseurs étaient prêts à payer pour détenir des obligations tricolores.

 

Pourquoi cette absence d’effets ?


Si ces dégradations successives semblent sans conséquences, c’est en raison d’un contexte économique très particulier. «Nous sommes dans une situation où, du fait de l’action des banques centrales, il y a surabondance de liquidités, explique Frédéric Bonnevay, économiste membre du Cercle des fiscalistes. Mais ces liquidités doivent bien trouver à s’investir quand même. Or, les rendements sont faibles partout et l’appétit pour le risque est encore limité : les investisseurs privilégient donc souvent la sécurité en achetant des titres d’Etat. De plus, les normes de solvabilité des banques et assureurs les encouragent à surpondérer ces obligations dans leurs bilans.

 

De manière générale, enfin, il n’existe plus que deux catégories de pays en Europe : le groupe "central" comprenant notamment l’Allemagne et la France voire l’Italie ; et les pays dits "périphériques"». Et les investisseurs semblent désormais peu sensibles aux nuances entre membres d’un même groupe. 


Est-ce à dire que les notes des agences spécialisées sont aujourd’hui inopérantes ? « Leur rôle est largement revu, estime Frédéric Bonnevay. Il s’agit d’une pure opinion fondée sur une analyse, pas d’un oracle. » Ces dernières années, les agences de notation ont été attaquées de toutes parts – pour ne pas avoir vu venir la crise, d’abord ; puis, selon leurs critiques, pour avoir entretenu par leurs commentaires le cercle vicieux entraînant certains pays en difficulté. 


Les principales conséquences des dernières dégradations ont en fait été symboliques et politiques. En janvier 2012, la première d’entre elles avait suscité une avalanche de commentaires catastrophés. Jusqu’alors, la préservation du prestigieux «triple A» avait été placée au rang de priorité nationale par Nicolas Sarkozy. Sa perte, elle, avait été vécue comme une relégation en deuxième division économique – interprétation à laquelle ne devrait pas échapper François Hollande en cas de nouvelle sanction. 


Src : Dominique ALBERTINI du 19/09/2014 © LIBERATION

Publié dans ECONOMIE

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