> Stockage de l’électricité : un chantier prioritaire

Publié le par enerli

Intégration des énergies renouvelables, voiture électrique, ... Le réseau électrique va être soumis à de nouvelles tensions. Une solution se dessine: développer le stockage de l’électricité pour que la demande et l’offre coïncident en permanence.

L'annonce récente d'un appel d'offres pour le développement d'un parc éolien offshore signe la volonté de redynamiser l'industrie des énergies renouvelables dans notre pays, mais une relance efficace suppose de progresser dans le domaine du stockage de l'électricité. L'Allemagne et les Etats-Unis se sont déjà attaqués à ce défi et il est essentiel de favoriser une industrie française du stockage capable de participer à cette compétition innovante aux perspectives considérables.


Les énergies renouvelables sont principalement des énergies intermittentes, comme l'éolien ou le photovoltaïque, ce qui les rend fragiles et incomplètes. Pour assurer la régularité et répondre aux périodes de pointe, il faut les épauler par des énergies très réactives, comme le gaz, qui ont l'inconvénient d'être émettrices en CO2.


Nos voisins outre-Rhin l'ont compris, en publiant dès la fin de l'année dernière leur vision de leur système énergétique à l'horizon 2020-2025 : le stockage de l'électricité y figure en bonne place, pour assurer le succès d'une politique résolument tournée sur l'intégration pérenne des EnR dans le mix allemand. De même, les Etats-Unis ont posé des jalons importants avec le rapport Sandia, pour recenser les valorisations potentielles des technologies de stockage.


Certes, la France n'est pas immobile : l'Agence nationale de la recherche (ANR) soutient le développement des technologies à travers le programme Stock-E et l'ADEME a fait paraître très récemment un appel à manifestation d'intérêts pour des démonstrateurs de recherche de stockage de l'énergie. Mais notre pays doit aller au-delà en construisant une politique plus aboutie et offensive.


Négocier le tournant du système électrique français


Avec l'intégration des énergies renouvelables intermittentes, une croissance toujours soutenue de la pointe de consommation, et de nouveaux usages électriques, notre système électrique est à l'aube de multiples changements auxquels le stockage de l'électricité peut contribuer à répondre. Notre territoire est donc le premier marché naturel pour faire émerger une industrie du stockage française.


Tout d'abord, l'intégration croissante d'EnR intermittentes posera des difficultés de pilotage du système. Les variations aléatoires et soudaines de la puissance injectée par ces moyens sur le réseau nécessitent, en l'absence de stockage, de construire des moyens de pointe complémentaires, généralement fortement carbonés.


Par comparaison, aux Etats-Unis, National Grid considère que ses besoins en réserves de pointe activables rapidement devraient pratiquement doubler à l'horizon 2020, passant de 4 à 8 GW, essentiellement pour appuyer un renforcement de la capacité éolienne. En venir à une telle extrémité en France constituerait, pour le moins, un dévoiement des objectifs du Grenelle de l'Environnement.


Par ailleurs, les politiques publiques en matière d'efficacité énergétique contribuent au transfert d'usage des énergies fossiles vers l'électricité, par exemple en incitant à remplacer des chaudières au fioul par des pompes à chaleur. De plus, le développement des véhicules électriques pèsera significativement sur la courbe de charge nationale. Dans ce contexte, RTE prévoit depuis 2009 un rehaussement de la pointe du matin et l'apparition d'une pointe dans l'après-midi, ainsi qu'une plus grande sensibilité aux changements climatiques. Cette période de mutation risque donc de fragiliser l'équilibre offre-demande incitant à développer toute solution apportant un peu plus de flexibilité à notre réseau, stockage de l'électricité en particulier.


Une place à prendre dans la compétition mondiale


Le stockage de l'électricité se fonde sur un panel de technologies extrêmement vaste. Certaines sont déjà déployées à l'échelle industrielle comme les STEP (Station de Transfert d'Énergie par Pompage‎). D'autres sont encore au stade de la recherche. (...)


Or notre pays dispose à la fois des industriels compétents et d'un contexte favorable pour apprendre à maîtriser le stockage de l'électricité. En effet, les zones non-interconnectées (ZNI= Corse & Outre-mer) sont des réseaux fortement contraints, où les coûts de production sont très élevés et constituent un territoire de prédilection pour les premières expérimentations. De plus, en mettant en place dès demain avec la loi NOME un mécanisme de capacités, notre pays se construit un outil réglementaire prometteur pour intégrer à terme les technologies de stockage au marché de l'électricité et donner aux industriels de la visibilité sur leur future valorisation.


Certes, nos voisins allemands, à l'heure de la remise en cause du nucléaire, ont des incitations extrêmement fortes à développer des technologies leur permettant de gérer une transition lourde de leur système électrique. Néanmoins, comme souvent, leur démarche est également un premier pas pour préempter un futur marché mondial à très fort potentiel, tant dans les pays développés que dans les émergents.

 

La France doit donc d'urgence mener une démarche similaire pour ne pas se faire distancer.


Src : Stéphane MEUNIER et Quentin DERUMAUX, SIA du jeudi 19 mai 2011 ©L'expansion 

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