> Nucléaire : Les approximations de Sarkozy sur le nucléaire

Publié le par enerli

 

25.11.2011 - Ce vendredi Nicolas Sarkozy s'est rendu sur le site de Tricastin pour donner sa vision de l'avenir de l'atome en France. Et dénoncer par la même occasion l'inconséquence du programme de son principal opposant, François Hollande. Une pure "folie" selon le chef de l'Etat. Décryptage des critiques les plus vives.

 

"Grâce au nucléaire, les Français, vous-même, vous payez l'électricité deux fois moins cher que les Allemands ": Approximatif


C'est une réalité, les Français paient leur électricité beaucoup moins cher que la plupart de leurs voisins européens. Pendant des années, les gouvernements en place ont assuré que c'était grâce au nucléaire.

 

Ce qui est seulement en partie vrai. Car aujourd'hui, protestent les écologistes, l'énergie nucléaire est en grande partie subventionnée. La facture de l'électricité des Français par exemple ne prend en compte que le prix de production de l'énergie. Jamais celui du démantèlement des centrales, qui est estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros. Si tel était le cas, cela pourrait augmenter considérablement les dépenses d'électricité des Français.

 

Par ailleurs, même les professionnels de l'énergie l'admettent, le maintien du nucléaire en France ne permettra pas de conserver des prix aussi bas dans l'électricité. Selon les calculs de l'UFE la facture des Français devrait augmenter de 33% d'ici 2030, même en cas de conservation du mix énergétique actuel.

 

Dans le cas d'un passage de 75 à 50% du nucléaire dans la production énergétique (scénario prôné par le PS), elle devrait augmenter de 50%.

 

"Renoncer au nucléaire, c'est remettre en cause nos objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre": Inexact

 

C'est effectivement ce qui se passe en Allemagne. La raison en est assez simple. Le temps que les énergies renouvelables viennent se substituer au nucléaire, le pays recourt à d'autres sources d'énergies, et notamment au gaz et au charbon, qui émettent plus de CO2.

 

Pour les défenseurs du nucléaire, les énergies renouvelables étant par nature intermittentes (elles dépendent des conditions climatiques, vent, soleil etc..), il faudra quoi qu'il arrive recourir aux énergies thermiques pour compenser l'arrêt du nucléaire, ce qui risque d'accroitre les émissions de gaz à effet de serre.

 

En réalité, la question est un peu plus complexe. Tout dépendra en effet des politiques énergétiques qui vont être mises en place en France. Pour les écologistes, sortir du nucléaire doit s'accompagner d'une baisse de la consommation énergétique du pays. C'est en effet la condition sine qua non pour éviter une hausse de la pollution. Une condition qui doit, selon les Verts, s'accompagner d'une véritable politique énergétique, avec des dispositifs d'incitation.

 

En Allemagne par exemple, les ménages dépensent 25% d'électricité de moins que les Français.


"Mettre un coup d'arrêt à la modernisation de la filière nucléaire, c'est mettre un coup à l'activité et à l'emploi en France": Faux

 

Dans son discours Nicolas Sarkozy, a évoqué la disparition de 240.000 emplois dans le cas d'un arrêt de la filière nucléaire. Contrairement au chiffre de 1 million évoqué récemment par Henri Proglio, le patron d'EDF, cette estimation semble assez proche de la réalité.

 

Toutefois, mettre progressivement un terme à cette filière ne veut pas dire qu'il y aura moins d'emplois en France. Selon les écologistes notamment, le démantèlement des centrales pourrait même conduire à des embauches dans le secteur du nucléaire.

 

Par ailleurs, réduire la part du nucléaire dans la production énergétique, doit théoriquement s'accompagner du déploiement de la filière des énergies renouvelables.

 

Or il est prouvé en Allemagne que cette filière emploie beaucoup plus de personnes que le nucléaire.

 

"L'accord PS-VERTS équivaut à une "destruction de la filière nucléaire": Incertain


François Hollande a beau le démentir fermement, réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français risque de mettre à mal la grande filière nucléaire tant souhaitée par Nicolas Sarkozy. Qu'adviendra-t-il d'Areva? La France continuera-t-elle à construire des centrales? La R&D sur le nucléaire sera-t-elle maintenue? Sont autant de questions auxquelles le programme socialiste ne répond pas encore. Ce qui est sûr toutefois c'est qu'en terme symbolique la filière nucléaire française risque de perdre sa crédibilité à l'international.

 

"Mettre un coup d'arrêt à la modernisation de notre filière nucléaire, c'est porter un coup à notre indépendance énergétique": en partie vrai


Sauf à ce que les énergies renouvelables soient mises en place aussi rapidement que l'arrêt des centrales, c'est un risque à prendre. L'arrêt même partiel du nucléaire risque de renforcer massivement les importations de gaz russe.

 

Toutefois, comme le soulignent justement les écologistes, aujourd'hui l'indépendance énergétique de la France est loin d'être totale. Si certains pays d'Afrique, comme le Niger, se mettaient à ne plus vouloir vendre leur uranium, la France se retrouverait aussi dans une situation de grande dépendance énergétique.


Src : L'Expansion.com du 25 novembre 2011 © L’EXPANSION - L’EXPRESS

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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