> Nucléaire : Le nucléaire expliqué aux nuls...

Publié le par enerli

16.11.2011 - Jusqu'alors à l'abri du débat démocratique, le nucléaire s'invite enfin dans les élections présidentielles. L'occasion de passer en revue les principaux arguments des anti et des pro...

 

Le nucléaire est-il risqué?

 

C'est la question centrale du débat sur le nucléaire. Il suffit de se tourner vers le passé récent pour affirmer que le risque nucléaire n'est pas nul. La catastrophe de Fukushima l'a dramatiquement rappelé. Cela n'empêche pas les défenseurs de l'atome d'affirmer que la technologie actuelle est capable d'apporter une sécurité sans faille, notamment en cas d'accident grave. L'EPR de 3è génération construit par Areva est par exemple censé pouvoir résister à la chute d'un avion ou encore à des inondations puissantes, ce qui n'était pas le cas du réacteur japonais.

 

Des affirmations évidemment contestées par les écologistes. Plusieurs études menées à l'initiative de Greenpeace ou encore du Réseau Sortir du nucléaire tendent en effet à prouver que l'EPR ne pourrait par exemple pas résister à une attaque terroriste aérienne. Les pro-nucléaires n'en soulignent pas moins que le nucléaire, depuis son apparition, a fait un moins de morts que les accidents de la route ou que les tsunamis liés au réchauffement climatique.

 

Le nucléaire est-il moins polluant?


Le grand atout du nucléaire est de ne pas émettre de CO2, à l'inverse des énergies thermiques, comme le charbon et le gaz, qui contribuent de facto au réchauffement climatique.

 

Or pour les pro-nucléaires, réduire la part du nucléaire dans la production énergétique française conduirait mécaniquement à augmenter les émissions de gaz à effet de serre. En effet, selon eux, même si une sortie s'accompagnait d'un investissement massif dans les énergies renouvelables, ces dernières ne pourront jamais compenser totalement la perte du nucléaire, et il sera donc nécessaire d'augmenter la part des énergies thermiques dans le mix énergétique français.

 

Pourquoi ? Parce que les énergies renouvelables sont par nature intermittentes, c'est-à-dire que leur productivité évolue dans le temps en fonction des conditions climatiques (vent, soleil). Ainsi, elles ne peuvent être développées sans augmenter parallèlement d'autres moyens de productions par nature plus flexibles, comme le gaz ou le charbon... Un argument que réfutent les écologistes qui insistent sur un point essentiel de leur programme : pour sortir du nucléaire, il sera indispensable de mettre en place des programmes pour diminuer la consommation d'énergie du pays.

 

Par ailleurs, dire que le nucléaire n'émet pas de CO2 pas ne veut pas dire qu'il n'est pas potentiellement nuisible à l'environnement. L'industrie nucléaire française produit chaque année 1150 tonnes de combustible qui font l'objet d'un tri extrêmement complexe en vue de leur décontamination. A en croire les informations de l'IRSN, la gestion des déchets radioactifs par confinement et retraitement permet de limiter les risques de contamination et de radiation de l'environnement (voir ici). Mais pour les anti-nucléaires, enfouir sous terre des déchets encore radioactifs est extrêmement dangereux alors que rien ne garantit l'étanchéité et la stabilité des roches sur de si longues périodes (le plutonium a une durée de vie d'environ 20.000 ans).

 

Un enjeu politique considérable

 

Pour la première fois en France, le débat nucléaire sera au coeur des élections présidentielles. Le sujet a déjà divisé déjà le PS et les Verts, qui faute de trouver un accord sur l'avenir de l'EPR de Flamanville, ont été obligés de sceller un "accord politique de majorité" a minima. Du côté de l'UMP, le débat est déjà tranché. Nicolas Sarkozy a en effet affirmé récemment qu'il ne reviendrait "jamais", en tant que chef d'Etat, sur le nucléaire...


Le nucléaire est-il vraiment moins coûteux?


Grâce au nucléaire, la France paye son électricité 40% moins chère que dans le reste de l'UE, martèle le gouvernement français pour justifier le maintien du nucléaire. Le nucléaire est en effet l'énergie la moins chère à produire : son coût de revient est d'environ 3,1 cts le kwh, contre 5 à 8 cts pour les éoliennes, 10 cts pour la biomasse, et 30 cts pour le photovoltaïque. Cela s'explique pour deux raisons: les coûts fixes des centrales nucléaires sont bas, et leur productivité est élevée.


Pour les écologistes néanmoins, il faut mettre un terme à cette idée selon laquelle l'énergie nucléaire est bon marché (voir ici un long argumentaire de l'ancienne ministre de l'écologie, Corinne Lepage). Ils rappellent par exemple que le coût du traitement des déchets nucléaires, les subventions de l'Etat visant à l'exportation de l'électricité, ou encore le coût du démantèlement des centrales n'ont jamais été vraiment évalués, et ne sont pas intégrés dans les tarifs de l'électricité. En France, ces derniers sont en effet régulés depuis 20 ans et ne prennent quasiment pas en compte le coût du tri des déchets radioactifs, qui sur des centaines d'années pourraient représenter plusieurs milliards d'euros.

 

En 2005, la Cour des comptes avait évalué à 68 milliards la constitution du fonds de réserve nécessaire pour 58 centrales, alors que jusqu'à présent EDF et Areva n'en auraient provisionné que 17,2 milliards. Selon les écologistes, si le nucléaire est si peu cher, c'est donc parce qu'il est très largement subventionné.


Sortir du nucléaire coûterait-il très cher?


Cela coûterait probablement plus cher que d'y rester. L'Allemagne qui vient de décider l'arrêt définitif de ses 17 réacteurs en 2022 en a estimé le coût total à 250 milliards d'euros. Pour certains, la France ayant 58 réacteurs, il suffit donc de faire une règle de trois pour établir un budget approximatif, soit 750 milliards d'euros..

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Un calcul basique qui a du mal à convaincre les spécialistes. De fait quelle que soit la manière dont on produit l'énergie dans 20 ans, il faudra investir massivement. La plupart des réacteurs nucléaires arriveront en fin de vie d'ici 2030, et le maintien du parc existant nécessitera aussi des dépenses.

 

C'est pourquoi, selon une récente de l'UFE, association qui regroupe les professionnels de l'énergie (EDF, GDF-Suez...), la France devra de toutes façons débourser 322 milliards pour assurer la continuité du mix énergétique actuel. Si l'on baissait d'environ 25% de la part du nucléaire d'ici à 2030 (scénario préconisé par le PS) cela coûterait 60 milliards de plus, soit 382 milliards. Résultat selon l'UFE, la facture des particuliers augmenterait de 50% en vingt ans, contre 33% seulement si l'on gardait le mix énergétique actuel.


Mais à chaque commanditaire sa propre étude... Pour les Verts en effet (qui se fondent une étude de Benjamin Dessus, président de Global Chance) la poursuite du nucléaire coûterait 10 à 15% plus cher qu'un scénario de sortie d'ici à 2020.


Pour en savoir plus sur l'opacité des scénarios de sortie, lire ce papier du Monde.


Quitter le nucléaire mettrait-il en péril l'emploi en France?


Oui selon les pro, non selon les anti... Là encore, difficile de se faire une idée précise quand les estimations des uns et des autres varient d'un extrême à l'autre. Récemment, le patron d'EDF affirmait qu'une sortie du nucléaire coûterait pas moins d'un million d'emplois (directs et indirects) à la France et "entre 0,5 et un point de PIB". Comme le gouvernement, Henri Proglio, cherchait à mettre en avant l'importance de la filière nucléaire pour l'économie française, l'un des rares secteurs d'ailleurs où la France est encore leader mondial.


Toutefois, pour les écologistes, il suffirait d'investir autant dans les énergies renouvelables pour créer une nouvelle filière d'excellence. EELV estime même qu'une sortie du nucléaire engendrerait une conversion énergétique créatrice de 500.000 emplois d'ici 2020. Pour ce faire, ils se fondent sur le scénario Négawatt de sortie totale du nucléaire en 10 ans et qui prévoit que 600 000 emplois pourraient être crée d'ici à 2020.

 

Autre argument qu'ils pourraient mettre en avant, dans les autres pays, les décisions de sortie du nucléaire se sont souvent accompagnées de hausses d'emplois. En Allemagne par exemple le secteur des renouvelables employait 370.000 personnes 2010, soit une hausse de 8 % par rapport à 2009 et un doublement par rapport à 2004. Mais là encore, la situation de la France est différente, puisque le pays emploie bien plus de gens dans le nucléaire qu'ailleurs.


Src :  Julie de la Brosse du 16 novembre 2011 © L’EXPANSION - L’EXPRESS

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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