> Nucléaire : De moins en moins d’électricité nucléaire dans le monde

Publié le par enerli

 

La polémique sur la "renaissance du nucléaire" n’est pas éteinte ! La production d’électricité d’origine nucléaire baisse, dit l’opposant Stéphane Lhomme. Qui ne se réjouit pas pour autant : on prolonge les vieilles centrales et c’est dangereux !

 

Jetez donc un œil au diagramme ci-joint, consultable sur le site web de la World nuclear association, c'est-à-dire le lobby nucléaire mondial. 
 


La courbe correspond à la part du nucléaire dans l'électricité mondiale. Un constat implacable s'impose : cette courbe descend, depuis sept ans, et de plus en plus vite.

Certains prétendent que cette baisse serait un effet d'illusion causé par la forte augmentation d'autres sources de production d'électricité (en particulier celle des énergies renouvelables). Le nucléaire ne baisserait que par comparaison. Mais notre graphique infirme cette pauvre thèse : les barres verticales représentent la production annuelle d'électricité nucléaire et, depuis quatre années, cela baisse. Pas encore de façon brutale, certes, mais cela va venir. D'ores et déjà, les chiffres provisoires pour 2010 promettent une nouvelle décrue, qui va s'amplifier dans les années à venir.

"Objection !" me dites-vous : les grands médias nous annoncent avec tambours et trompettes le "grand retour du nucléaire" : d'innombrables pays voudraient des réacteurs et les commandes afflueraient chez les constructeurs comme Areva. Mais voilà : la réalité ne se plie pas à ces injonctions, et les belles déclarations ne font heureusement pas pousser les réacteurs comme des champignons.

La principale cause de ce "non-retour" est vraiment très simple : produire de l'électricité avec des centrales nucléaire est excessivement cher. Il n'y a qu'en France que l'on croit l'inverse, du fait de 50 ans de bourrage de crâne. Mais les multinationales de l'énergie ne font pas de sentiments : la plupart des projets de nouvelles centrales sont retardés, gelés ou annulés un peu partout dans le monde.

Attention à la prolongation de la vie des centrales

Il est d'ailleurs assez curieux de constater que la décision de prolonger la vie des centrales nucléaires actuelles - comme il vient d'en être décidé en Allemagne par Merkel (l'article a été écrit en décembre 2010, avant Fukushima et la décision de l'Allemagne de sortir du nucléaire) avant - est souvent avancée comme "preuve" de la renaissance du nucléaire... alors que cela démontre exactement l'inverse : c'est justement parce que l'industrie nucléaire est dans l'incapacité de construire ou de financer de nouveaux réacteurs nucléaires qu'elle veut prolonger la durée de vie des centrales actuelles.

Le Monde écrivait récemment : "Le retour en grâce du nucléaire passe d'abord par l'allongement de la durée de vie des centrales". Il aurait bien sûr dû écrire : "En l'absence de retour en grâce du nucléaire, la durée de vie des centrales actuelles est prolongée".

La décroissance du nucléaire est donc lancée, tant mieux... mais ne nous réjouissons pas si vite : la prolongation de la durée de vie des centrales augmente encore le risque d'accident et même de catastrophe. Par ailleurs, hélas, il y a bel et bien des réacteurs nucléaires en construction et en projet. Bien moins qu'annoncé, et bien moins que le nombre de réacteurs qui ferment et vont fermer dans les années à venir, mais il y en a.

C'est en particulier le cas en Chine, pays qui détient des montagnes de "cash" et qui en utilise une toute petite part pour se payer des réacteurs. A nouveau, la propagande nous vante un véritable "eldorado" de l'atome mais en réalité, même si 40 à 50 réacteurs sont construits, le nucléaire couvrira moins de 5% de l'électricité chinoise, c'est-à-dire moins de 1% de la consommation d'énergie du pays. Et dire qu'il nous est raconté que la Chine investit dans le nucléaire "pour assurer son indépendance énergétique". Quelle blague !

 

Par contre, statistiquement, il est de plus en plus probable que le prochain Tchernobyl sera chinois...

 

C'est donc sur un constat aussi inquiétant que contradictoire que nous concluons : le risque de catastrophe nucléaire croît alors même que l'industrie de l'atome décroît. Avec le nucléaire, même les bonnes nouvelles sont mauvaises !


Src : Stéphane Lhomme 07 décembre 2010 © La Chaine Energie – L’EXPANSION

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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