> ENERGIE : GAZ DE HOUILLE, GAZ "DE FRANCE" ?

Publié le par enerli

 

Avec son gaz « made in France », Arnaud Montebourg lance l'espoir de ressusciter l'industrie en Lorraine. Lancer la filière du grisou ? Les écologistes s'étranglent. Sauf qu'il n'y a rien de nouveau sous les tropiques. L'exploration de cette ressource va déjà bon train.

 

On connaissait Arnaud Montebourg en marinière. Voici que le même ministre du Redressement productif prône « un gaz made in France ». Le gaz de houille est un hydrocarbure non conventionnel. Contrairement aux mines à la Germinal, là, on ne cherche pas a exploiter directement le charbon, mais le méthane piégé dans le charbon, qui était la hantise des mineurs. Une trop forte concentration de ce gaz engendrait une explosion, « le coup de grisou ».

Pour les sites d’extraction de charbon, la filière du grisou, c’est la poule aux œufs d’or. En ligne de mire, la Lorraine, qui renferme des milliards de mètres cubes de ce gaz. Après l’agonie des hauts-fourneaux de Florange et de l’aciérie de Gandrange, un regain de l’industrie soulagerait bigrement cette région. Le Front national, surfant sur la vague nationale, voit dans le gaz de houille le Saint Graal.

 

Quatre forages d’exploration

Branle-bas de combat. Les politiques grimpent au rideau. Les écologistes lèvent le poing contre cette énergie fossile. Mais alors, va-t-on forer dès demain sur les rives de la Moselle ? On en est loin, mais c’est tout à fait possible. Pendant que la polémique fait rage, soudainement, les compagnies gazières explorent le sol, en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais... depuis plus de vingt ans. La phase d’extraction des réserves de houille n’est pas encore d’actualité. Mais les recherches avancent à grand pas.

Après quelques tentatives infructueuses d’une entreprise américaine, la société European Gas Limited (EGL), basée à Freyming-Merlebach (Moselle), obtient en 2004, les permis pour des forages de reconnaissance en Lorraine. Depuis cinq ans, elle sonde le sous-sol lorrain grâce à un puits expérimental à Folschviller. Les forages donnent des résultats. L’entreprise dispose actuellement de deux permis exclusifs de recherche – baptisés Bleue Lorraine et Bleue Lorraine Sud - et a été autorisée en septembre 2012 par la préfecture à lancer quatre forages d’exploration.

 

Parler d’exploitation est « prématuré »

Il s’agit bien pour l’heure de prospection ! Il n’y aura exploitation industrielle que si la phase d’exploration est concluante. Mais le directeur d’EGL, Frédéric Briens, a déjà annoncé être prêt à investir 33 millions d’euros dans ce programme. D’après une étude de Beicip-Franlab, filiale de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), il y aurait dans cette zone « 371 milliards de mètres cubes de ressources, soit sept à neuf années de consommation de gaz en France ». De là à voir la filière du grisou s’enflammer, on est loin. Roland Vially, géologue à l’IFPEN tempère : « Il est incorrect et anticipé de parler de ces 370 milliards de m3 comme neuf ans de consommation française... c’est vrai arithmétiquement mais pas dans la pratique ! Entre l’estimation de la ressource et la quantité commercialisée, il faut quand même passer par la production ! »

Réagissant à l’engouement d’Arnaud Montebourg, la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, a calmé le jeu sur une possible exploitation du gaz de houille : « C’est prématuré de le dire. Il y a des permis d’exploration, mais la démonstration n’a pas encore été faite qu’il y avait une exploitation possible dans des conditions économiques rentables. » Ce gaz de houille est déjà exploité depuis des décennies aux Etats-Unis où il représente plus de 10% de la production américaine de gaz naturel. Mais pour l’heure, en France, personne ne s’est prononcé pour se lancer dans l’aventure : « Jusqu’à ce jour, il n’y a pas de demande d’exploitation » rappelle la ministre. Frédéric Briens explique que « notre rôle n’est pas d’exploiter le gaz ». Après 2014, les concessions devront être vendues à un opérateur, partenaire d’EGL, pour assurer la production.

 

Juridiquement, on peut forer

Pas question de mettre la charrue avant les bœufs, mais admettons que la rentabilité de la ressource soit avérée, que dit la loi ? Le géologue explique qu’« il s’agit d’exploration et de production d’hydrocarbures régit par le code minier. En cas d’exploration positive, EGL pourra demander une concession qui lui sera ou non accordée par l’Etat ». Juridiquement, rien n’empêchera de forer le sol.

Le code de l’environnement autorise l’exploitation du gaz de houille, contrairement à son cousin, le gaz de schiste. Il est aujourd’hui impossible d’extraire cet hydrocarbure. La seule technologie d’extraction connue pour l’heure est la fracturation hydraulique, réputée extrêmement polluante et interdite depuis 2011. Rien à voir avec ce bon vieux grisou, « sans atteinte pour l’environnement » clame le ministre du Redressement productif.

Les associations écologistes s’inquiètent cependant. Elles attendent des garanties par rapport à l’impact sur l’environnement. L’exploitation du gaz de houille est-elle réellement sûre pour les nappes phréatiques ? Rappelons par ailleurs que ce gaz est composé à 95% d’un gaz à effet de serre, le méthane. Notre rythme actuel d’exploitation des énergies fossiles est déjà largement supérieur aux seuils à respecter pour éviter un réchauffement climatique à +2°C. L’exploiter ne nous éloignerait-il pas encore davantage des objectifs ?

Delphine Batho a demandé une étude d’impact écologique avant que l’Etat donne son feu vert. Comme c’est le cas pour toute activité extractive. L’annonce d’une exploitation de gaz de houille intervient au moment où le gouvernement entame son débat national sur la transition énergétique. Laquelle est justement destinée à imaginer les moyens pour sortir des énergies fossiles et développer les énergies renouvelables. Le gaz de houille ne va pas vraiment dans cette direction.

Src : Justine BOULO du 06/02/2013 © TERRAECO

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