> Stockage d'énergie : tests dans les îles françaises

Publié le par enerli

À côté de la parité réseau, une deuxième révolution probablement aussi importante pour les énergies renouvelables est en gestation : le stockage stationnaire de l'électricité verte. Plus discrète, elle sera aussi plus lente à prendre forme mais se prépare déjà minutieusement en coulisse. En France, les projets s'accélèrent ces derniers mois, aussi bien à grande échelle (stockage d'énergie d'une ferme éolienne, par exemple), qu'à petite (énergie d'un toit solaire).

 

L'enjeu pour la filière est double. D'abord réduire au maximum l'intermittence des énergies renouvelables (EnR), en lissant leur production grâce à des "batteries tampons", tout en améliorant les prévisions de production et l'équilibre du réseau entre l'offre et la demande. Ensuite favoriser la production d'une énergie distribuée, c'est à dire consommée directement à proximité du lieu de production, indépendamment du réseau.

 

Cette approche de micro-réseau décentralisé (ou micro-grid) sera possible grâce aux technologies de réseaux électriques intelligents (smart grid). À terme, les enjeux énergétiques sont énormes pour un pays comme la France, où tout le système de production électrique est centralisé principalement autour d'un réseau réduit de centrales nucléaires (19 sites / 58 réacteurs) en métropole. Le marché ne s'y trompe pas et se tourne pour l'instant vers des expérimentations dans les zones insulaires.

 

Stocker l'énergie éolienne

 

C'est le cas du français Aérowatt, spécialisé dans le développement et l'exploitation de fermes éoliennes et solaires, qui a annoncé début juin avoir reçu une aide publique d'un million d'euros pour son projet démonstrateur Enerstock, visant à associer un parc éolien de 10 MW, un site solaire de 3,3 MW et un système couplant stockage hydraulique et batterie lithium-ion (6 à 8 MWh de capacité). Enertsock doit prendre forme à La Réunion d'ici à 2014 et expérimenter les enjeux techniques du stockage d'énergie sur une île. Aérowatt cherche aussi à trouver le bon modèle économique d'une telle approche.

 

Dans le même registre, l'Etat français a lancé un appel d'offres pour développer 95 MW d'énergie éolienne dans les îles et en Guyane d'ici à 2013. Les lauréats seront connus (théoriquement) fin 2011 et devront obligatoirement associer aux éoliennes des technologies de stockage d'énergie et de prévision de la production.

 

Augmenter les taux de pénétration

 

Dans un contexte insulaire, le taux d'intégration de l'énergie éolienne dans les réseaux électriques locaux est aujourd'hui limité à 30% pour des raisons techniques (stabilité et réactivité du réseau...). Le stockage d'énergie doit lever cet obstacle. L'industriel Vergnet, fabricant de turbines spécialement conçues pour les régions extrêmes comme les îles, se prépare désormais à concevoir des technologies prenant en compte le stockage. Il compte bien faire valoir son approche dans les îles françaises, son marché historique.

 

À la Réunion, en Corse et en Guadeloupe, le groupe EDF mène de son côté le projet Millener, avec Tenesol (producteur de modules photovoltaïques et installateur (groupe Total), Schneider Electric (ingénierie et équipements électriques) ou encore Delta Dore (équipements de gestion énergétique). Au total, 500 systèmes de stockage lithium-ion seront couplés à des installations photovoltaïques. Cette expérimentation est dotée d'une enveloppe totale de 7,2 millions d'euros. Le groupe Saft a été confirmé cet été comme fournisseur des technologies de stockage.

 

Territoire isolé et non-interconnecté où l'énergie consommée provient souvent de ressources fossiles importées et chères, les îles sont donc propices aux expérimentations de stockage d'énergies renouvelables. EDF avait montré la voie à La Réunion dès 2008, en testant à Saint-André une batterie de 1 MW du japonais NGK Insulators.

 

Des projets aussi en métropole

 

Mais il n'y a pas que les régions d'outre-mer en première ligne. Le français Sabella, à l'origine d'une technologie d'hydrolienne, présente un projet pour l'île bretonne d'Ouessant, où il envisage de coupler à l'horizon 2015 des hydroliennes avec une technologie de stockage d'énergie thermodynamique apportée par l'entreprise Saipem, son actionnaire de référence. L'approche viserait à donner une autonomie énergétique à l'île, pour un coût maîtrisé.

 

Les technologies de stockage ne sont cependant pas réservées aux territoires insulaires et plusieurs projets sont sur les rails en métropole. À l'instar d'un chantier mené par Saft, Tenesol, et l'Institut national de l'énergie solaire (Ines), impliqués dans un projet de stockage résidentiel d'énergie avec le programme Sol-ion. Ce dernier vise à tester avec des partenaires allemands, dont E.ON, un système intégré d'auto-consommation, sous forme de kit domestique, de la production au stockage en passant par la gestion du système énergétique. L'expérimentation concerne dès cette année 75 sites en France et en Allemagne. Pour Saft, une batterie résidentielle idéale dispose d'une capacité de 7 kWh. Son coût se situe aujourd'hui autour de 10.000 euros, mais il cherche à le diviser par deux à terme.

 

Saft est engagé tous azimuts sur le marché du stockage stationnaire d'énergies renouvelables. C'est lui qui fournit la technologie du projet Enerstock d'Aérowatt, par exemple. Et l'industriel a confirmé en juillet être le fournisseur du projet NiceGrid, porté par EDF en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, pour constituer un quartier solaire intelligent disposant d'une capacité de stockage. D'autres entreprises travaillent sur le stockage comme McPhy Energy et sa solution passant par l'hydrogène solide.

 

En matière d'expérimentation hors de l'Hexagone, enfin, deux français se sont rapprochés début juillet sur un projet en Tunisie : Soitec, lancé dans la construction de fermes photovoltaïques à concentration, et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), qui apporte différents systèmes de stockage d’électricité, notamment des batteries lithium-ion. Ils s'allient sur place à la Société tunisienne de l'électricité et du gaz (Steg).

 

Src : Alexandre Simonnet / GreenUnivers.com du 23 août 2011 © La Tribune Green business

Commenter cet article