> Solaire photovoltaïque : Où en est la filière ?

Publié le par enerli

 

(Petite pause café & croissants avec une conférence Bip-Enerpresse consacrée à la filière solaire. Au menu Thierry Lepercq, président de SolaireDirect, Julien Marchal, adjoint au chef du bureau des affaires extérieures de la DGEC, et Gilles Perrot, direction gaz & énergies nouvelles à Total).

 

La situation critique de la filière n'est pas propre à la France

 

Joël Spaës (rédacteur en chef d'Enerpresse) a rappelé que « ça se passe un peu comme ça partout en Europe ». Ce qu'a confirmé Thierry Lepercq. En Allemagne, la « situation est similaire », dans certains pays, « les tarifs ont été purement et simplement supprimés. On change de monde. Le monde dans lequel nous vivons maintenant, c'est celui de l'énergie.

 

Le photovoltaïque n'est plus simplement quelque chose de sympathique mais une énergie à part entière ».

 

Julien Marchal a réaffirmé l'objectif de 5400 mégawatts raccordés en 2020, engagement du Grenelle et européen à la fois. « Le système tel qu'il est prévu aujourd'hui, avec 500 MW raccordés par an, permettra d'atteindre ce chiffre ». Aujourd'hui, il y a « un peu plus de 2000 MW raccordés, il y en avait 200 ou 300 il y a 2 ou 3 ans. Et on a une file d'attente de 2000 MW.

Revenant sur les modifications tarifaires, il a rappelé que « l'ajustement trimestriel se fait en fonction du trimestre précédent », a-t-il rappelé, décrivant le « mécanisme complexe » des nouveaux tarifs auto-ajustés.

 

Gilles Perrot a rappelé les positions de Total dans le photovoltaïque, avec une prise de position majoritaire dans Sunpower (60%) et l'acquisition, le 10 octobre de 100% des parts de Tenesol.

 

« Il faut avoir une taille critique. Les petites sociétés auront du mal à s'en sortir. Il faut disposer d'une technologie, des produits différenciants, c'est-à-dire mieux et différents, pour se distinguer notamment des marchés asiatiques ». Total entend être positionné sur la totalité de la chaîne de valeur. Et, a-t-il annoncé, « Total est propriétaire de Tenesol à 100% depuis hier. »

 

Quelle filière industrielle ?

 

Le prix des modules photovoltaïques est désormais de 0,60 €, a indiqué Thierry Lepercq. « Les conditions sont maintenant réunies pour produire de l'énergie solaire au plus bas prix ». Revenant sur les objectifs de politique industrielle français, il a indiqué qu'il y avait à l'aval, « pour l'essentiel des acteurs qui voulaient profiter de tarifs d'achat élevés et qui sont, pour l'essentiel, aujourd'hui repartis ». Pour l'amont, il « y a en France très très peu d'emplois industriels », même s'il a cité quelques acteurs comme Phototowatt ou Tenesol, aujourd'hui « pas compétitives ». Mais, nuance-t-il, tout comme « les trois quarts des entreprises chinoises qui ne sont pas compétitives ».

 

Car le « photovoltaïque est un marché de commodités électroniques », qui répond à la loi de Moore, plutôt utilisée dans le monde de l'informatique. Il y une « augmentation permanente régulière des rendements avec une prime permanente au nouvel entrant ».

 

Prenant l'exemple de deux sociétés-phares, Q-cells et Suntech, il a indiqué qu'elles étaient passées d'un statut de leader à une situation proche du dépôt de bilan. « La première n'existera probablement plus d'ici trois mois, la seconde d'ici 12 mois ! Et Toute l'industrie allemande, sauf peut-être Solarworld, va y passer »

 

> Dans la salle, un représentant de Qcells (Michael Grossman ?) lui répond : « merci de ne pas nous enterrer trop vite ! La restructuration en cours, qui n'est pas la première de notre histoire, est en bonne voie... »

 

Cette prime au nouvel entrant conduit une entreprise comme Samsung en faire du photovoltaïque « un axe majeur de son développement à... échéance 2020. » D'autres sociétés, comme Bosch Solar, se disent « prêtes à perdre de l'argent jusqu'en 2070 s'il le faut ». Nuance de Gilles Perrot : « Bosch, c'est un kolkhoze, pas une société cotée ! Chez Total, on n'est pas prêts à perdre de l'argent pendant 70 ans ! » Si les « quelques entreprises françaises du secteur ne sont pas viables » (Thierry Lepercq), c'est sans doute aussi, observe Gilles Perrot, qu’elles ont un « gros handicap par rapport aux Chinois dans l'accès au crédit. Le gouvernement chinois a investi 70 milliards dans cette filière. Et le gouvernement ne le laissera pas Suntech tomber en faillite. »

 

Sur la baisse des tarifs d'achat, Thierry Lepercq s'est montré optimiste : « on doit être là pour répondre à des besoins et non pour obtenir des subventions ad infinum parce qu'on sauve la planète... L'enjeu, pour la filière, c'est de sortir des tarifs d'achat. Et on est très très près de pouvoir se passer des subventions ».

 

SolaireDirect annoncera prochainement un "contrat de 120 mégawatts à 12 centimes d'euros".

 

En, France, « le marché chez les particuliers a baissé de 80% », poursuit-il. « Celui des centrales à grande taille a, par définition, a baissé de 100% ».

 

Il y a trois types d’entreprises dans la filière :

-        Celles qui vont très mal. Le solaire, c’est 1000 licenciements par mois.

-        Celles qui changent de métier (biogaz, pompe à chaleur, efficacité énergétique).

-        Et les autres, qui ont des actionnaires solides, qui courbent l'échine.

 

Src : Enerpresse du 11 octobre 2011 © ENERGIE 2007 

 

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