> Politique : L'UMP, un parti de perroquets ?

Publié le par enerli

 

La plupart des déclarations des cadres du parti présidentiel au lendemain du premier tour de la primaire PS étaient écrites dans un argumentaire distribué... 5 jours plus tôt. Par Sarah Diffalah et Tristan Berteloot

 

Les membres de l'UMP sont-ils des "magnétophones", et dans ce cas quel crédit donner à leurs déclarations, au lendemain du premier tour de la primaire PS ? La pique est signée Jean-François Kahn et adressée à Nadine Morano, invitée comme lui de l'émission "Mots-Croisés", lundi 10 octobre, sur France 2. La réponse, bafouillée, maladroite, tente d'esquiver la question : "C'est n'importe quoi ! Vous êtes en train de dire que je n'ai pas de cerveau, que j'ai besoin d'un cadrage. On a pas le droit à l'UMP d'avoir une analyse, notre analyse ?"

 

En cause, des déclarations identiques, presque automatiques, d'un certain nombre de cadres du parti présidentiel dans les médias, véritables copié-collés d'un "argumentaire" interne à l'UMP, révélé mardi par le site internet du "Monde", et donnant les "idées forces" du parti : en gros, ce qu'il fallait répéter en boucle une fois le premier tour passé. La frontière entre communication et politique est parfois mince.


La méthode ne date pas d'hier, et l'UMP n'est pas le seul parti à user d'"argumentaires" pour préparer ses membres aux questions des journalistes. Mardi matin, devant les responsables de sa majorité, le président de la République Nicolas Sarkozy en a lui-même donné les clefs "malgré un pilonnage médiatique sans pareil, la participation à la primaire est assez loin de ce qui était annoncé". Le problème, ici, c'est que le document a été distribué le 5 octobre, soit quatre jours avant le premier tour de la Primaire PS… ou comment commenter un événement politique avant qu'il survienne.  


>>>> voir l'Argumentaire UMP


"J'ai écouté Nadine Morano et d'autres réagir à ces primaires. Et je constate, sidéré, que tous les commentaires que l'on entend sont déjà dans le document. Imaginez pour les gens qui veulent que les politiques pensent par eux-mêmes… Mais comme par hasard, ce que vous dîtes est ce qu'on vous a demandé de dire", a noté Jean-François Kahn.


Comme prévu par l'argumentaire le parti présidentiel a suivi à la lettre les consignes pour contrer la primaire PS.

Tour d'horizon des lignes d'attaques - ou pas - des bons et mauvais élèves de l'UMP, suivant les trois points développés par l'argumentaire UMP.


1. "Un succès relatif"


"Une consultation privée, aussi grande soit-elle, ne fait pas une consultation. C'est en 2012 que l'élection présidentielle aura lieu, pas en octobre 2011."


Après l'avoir vivement critiquée, dénonçant un procédé qui amènerait au fichage des citoyens notamment, la majorité jalouse désormais cette primaire. "Intéressante", c'est le mot qui a été le plus prononcé par l'UMP, histoire de garder ses distances tout en reconnaissant le succès populaire de la primaire.


Ainsi, Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur, a reconnu que la méthode était "intéressante". Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant y est allé également de son "intéressante" en déclarant que la primaire était une "initiative intéressante et respectable". "Intéressante" aussi pour le ministre d'Etat au Logement, Benoist Apparu


Mais la douceur inhabituelle des propos des responsables de l'UMP ne devait pas éclipser les critiques, à l'image du conseiller spécial Henri Guaino, pour qui la primaire PS est un "succès relatif". La charge - et le signal - a été donnée par le patron de l'UMP, Jean-François Copé, à peine une heure après l'annonce des premiers résultats : "Seuls '4 Français sur 100 sont allés voter'.  "Ça fait 96% des Français qui pensent que l'élection, c'est l'année prochaine, voilà. Donc, je crois qu'il faut peut-être relativiser un peu tout ça".


"4 Français sur 100", un calcul vite repris également par Nadine Morano. "Le PS mobilise bien peu par rapport à son électorat qui est de 16 millions de votants au deuxième tour de l'élection de 2007", a-t-elle précisé en prenant l'exemple de la primaire italienne qui, elle, a réuni quelque 4 millions d'électeurs. Laurent Wauquiez a lui aussi usé de l'exemple italien : "Deux millions de participation, c'est à peu près deux fois moins que le résultat des primaires italiennes".


La médaille d'or revient à Christian Estrosi, député-maire UMP de Nice, qui a carrément affirmé que la primaire socialiste est "le rendez-vous de quelques militants PS, sans doute pas celui des Français. 17 millions d'électeurs au second tour en 2007 contre 2 millions à la primaire. La gauche ne peut pas crier victoire. Pendant les primaires PS, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel recapitalisent les banques pour nous sortir de la crise"...


2. "Pas de leader naturel" des "divisions"


"La primaire PS montre bien la difficulté du PS à désigner un candidat. Faire arbitrer les querelles d'ego par les électeurs, cela montre bien le désarroi de cet ancien grand parti, devenu parti de chapelles, de clans."


Les socialistes ont, il faut bien le reconnaître, tout donné pour ne pas afficher leurs éventuelles divisions, histoire de faire oublier les querelles du passé. Pari réussi pour la plupart des observateurs. Pas pour l'UMP. Pour elle, la primaire socialiste est la preuve que le PS n'a pas de "leader naturel" et que ces membres sont "divisés".


"Des divisions" subsistent au sein d'un parti duquel aucun candidat ne fait figure de "leader naturel", a insisté Laurent Wauquiez. "La grande leçon du résultat, c'est qu'il y a d'un côté une gauche molle, plutôt François Hollande, et de l'autre côté une gauche dure et qu'il y a un vrai fossé entre les deux. Et ce sont finalement deux éléphants qui sont en tête, deux éléphants qui renvoient à l'époque de Mitterrand", a-t-il taclé. 


Claude Guéant y est également allé de sa critique, jugeant que la primaire traduisait pour le PS "une difficulté à désigner son candidat et donc une difficulté idéologique" renforçant sa "cacophonie".


Xavier Bertrand, lui, a estimé que "ces primaires montrent surtout qu'on a un parti socialiste très divisé et à mon avis c'est ce qu'il faut regarder à la loupe pour l'élection présidentielle". "Il y a de telles incohérences, de telles différences entre eux qu'il faut qu'ils se mettent au clair si c'est possible", a-t-il encore dit.


La ministre du Budget, Valérie Pécresse a jugé que la primaire du PS avait révélé un parti "profondément fracturé" et qualifié le processus de "primaire pour rien" faute d'avoir réussi, selon elle, à faire émerger un leader et un projet. 


Le mot de la fin pour Thierry Mariani, ministre des Transports et chef de file de la Droite populaire : "Derrière le Solférino des primaires se cache le Waterloo des idées ! Avec le PS, c'est la France à la casse et les Français à la caisse (...) Ségolène appellera-t-elle à voter pour François ou pour sa meilleure ennemie, Martine? Entre ces deux finalistes siamois, pour qui Arnaud se prononcera-t-il ? "


Il n'empêche, si le leitmotiv général était de minimiser l'événement, ce dernier a suscité dans la majorité un embarras bien difficile à cacher. Beaucoup réfléchissent désormais à tenter l'expérience à droite.


3. Un programme "inapplicable"


"Le choix d'un candidat ne résout pas le problème du programme, inapplicable parce que déconnecté des réalités économiques de notre pays. Il faudra un président protecteur et volontaire sur le plan international comme l'est Nicolas Sarkozy plutôt qu'un président de conseil général, de conseil régional, ou maire d'une grande ville."


Peu de cadres de l'UMP ont repris cet argument. En bon élève, Christian Jacob l'a suivi à la lettre, à croire qu'il a lui-même rédigé l'argumentaire UMP : "Le discours d'Arnaud Montebourg est totalement inopérant. On peut comprendre l'intérêt du discours dans le cadre d'une campagne électorale, mais il est inapplicable et déconnecté de toute réalité économique", a déclaré le patron du groupe UMP à l'Assemblée nationale, dans une interview au Monde, mardi 11 octobre, répétant quelques questions plus tard presque mot pour mot le texte rédigé le 5 octobre. "Nicolas Sarkozy est très présent sur le terrain, il fait au moins un déplacement par semaine en France métropolitaine, plus les nombreux déplacements l'étranger. Sa capacité d'initiative sur la scène internationale et européenne est aujourd'hui saluée par l'ensemble de nos partenaires. Et pour ce qui est de l'action "hexagonale", le temps du bilan arrive".


Src : Sarah Diffalah et Tristan Berteloot du 11 octobre 2011 © LE NOUVEL OBSERVATEUR

Publié dans POLITIQUE

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