> Nucléaire : Xavier Bertrand atomise les chiffres

Publié le par enerli

 

 

17.11.2011 - « 400 000 emplois directs seront supprimés si l’accord entre les Verts et le PS voit le jour […]400 000 supprimés là, et en plus, un  million avec l’ensemble de la filière. » 

Xavier Bertrand, jeudi 17 novembre 2011, sur France Info


Si vous trouviez un peu trop modérés les propos d’Henri Proglio sur le coût en emploi d’une sortie du nucléaire, vous pouvez compter sur Xavier Bertrand. Le 9 novembre, le patron d’EDF avait lancé la bataille des chiffres dans le Parisien, en sortant la calculette lourde, à propos de l’hypothèse d’une sortie du nucléaire : «Une telle décision menacerait 400 000 emplois directs et indirects de la filière nucléaire, 500 000 emplois dans les entreprises localisées en France et très gourmandes en énergie, comme l’aluminium, qui risqueraient de partir à l’étranger. Il faut y ajouter 100 000 emplois futurs provenant du développement du nucléaire mondial à partir de la France. Au total, un million d’emplois seraient mis en péril. »

 

Xavier Bertrand, ministre de l'Emploi, a repris ces chiffres à sa sauce, jeudi matin, au micro de France Info: « Vous avez aujourd’hui des Français qui peuvent comprendre qu’il y a des incertitudes sur l’emploi à cause de la crise. Mais que leur emploi soit menacé à cause d’un petit accord électoral entre le Parti socialiste et les Verts, mais ça c’est insupportable. »

 

La journaliste linterroge alors sur le lobbying de la filière. « Que les groupes s’expriment, ils ont raison. [...] Qu’Areva ne le dise pas, moi je vais le dire à la place. 400 000 emplois directs seront supprimés si l’accord entre les Verts et le Parti socialiste voit le jour. […] 400 000 supprimés là, et en plus, un  million avec l’ensemble de la filière. »

 

Xavier Bertrand a dû estimer que les chiffres d'Henri Proglio ne faisaient pas assez peur. Il s'est donc chargé de les aggraver. Les 400 000 emplois « directs et indirects » de Proglio sont devenus des emplois directs ; et le million d'emplois que compte le patron d’EDF en incluant l'ensemble des industries électrointensives deviennent ceux de la seule filière.

 

Ce qui est d’autant plus remarquable que Xavier Bertrand impute ces chiffres non à une sortie du nucléaire mais à « l’accord entre les Verts et le PS ». Or, si les deux camps ne sont visiblement pas très au clair sur leur accord à propos de l’atome, il n’y figure aucun engagement pour une sortie du nucléaire. Le texte prévoit une réduction de la part du nucléaire de 75% à 50% en 2025 avec un plan de « fermeture progressive de 24 réacteurs.» Si Xavier Betrand veut trouver un projet de sortie du nucléaire, il peut effectivement consulter le programme d'Eva Joly. Mais pas laccord entre écologistes et socialistes. En résumé, le ministre de l’Emploi a amplifié les conséquences alors qu’il évoquait une hypothèse de réduction de la production nucléaire moins large.

 

C'est d’autant plus exagéré que les chiffres avancés par Henri Proglio sont déjà très discutables, ainsi que le détaillait Libération le 11 novembre. D’abord les exportations de matériel nucléaire, suceptibles de créer ces «100 000 emplois futurs» semblent très compromises, vu le gel, voire l’abandon du nucléaire décidé par plusieurs pays (Allemagne, Suisse, Italie) suite à la catastrophe de Fukushima. Areva va d’ailleurs présenter, mi-décembre, un plan de restructuration. Plusieurs centaines d’emplois sont menacés. Il n’est donc pas question d’en créer…

 

Concernant les industriels électro-intensifs (métallurgie, chimie, automobile, etc.) leur syndicat patronal l’Uniden, a effectivement pointé, un risque de «délocalisation»... mais il s’est bien gardé de donner des chiffres. Et il n’a jamais prétendu que toutes les usines concernées (et leurs 500 000 emplois pointés par Proglio) fermeraient.

 

Selon l’OCDE, l’Allemagne compte d’ailleurs 1,5 fois plus d’emplois que la France dans les industries électro-intensives, alors que l’électricité y est plus chère. Enfin, concernant les 400 000 emplois de la filière. Proglio reprend une étude du cabinet PriceWaterhouseCoopers (PWC). Un travail très orienté, car commandé et payé par… Areva. Or, le chiffre est gonflé par les emplois induits, c’est-à-dire l’estimation, sujette à caution, des emplois soutenus par les dépenses des salariés du nucléaire. Selon PWC, il y a en fait 125 000 salariés directs dans le nucléaire. Et 239 000 en ajoutant les emplois «soutenus» par les commandes issues de la filière.


Par ailleurs, tout cela ne comptabilise pas les emplois éventuellement créés dans les nouvelles énergies -une question balayée d'un « ah bon, lesquels ? » par Xavier Bertrand sur France Info.

 

Cela ne veut pas dire que le dossier des conséquences sur l'emploi d'une éventuelle transition énergétique ne mérite pas un débat. Mais il gagnerait sans doute de se baser sur des chiffres un peu plus sérieux.

 

Src : Guillaume Launay et Yann Philippin du 17 novembre © le blog Désintox / LIBERATION

 

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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