> Nucléaire : sortir du chauffage électrique pour sortir du nucléaire

Publié le par enerli


On peut noter dans le bilan électrique français 2010 que l'usage de l'électricité pour produire de la chaleur rend la France de plus en plus dépendante des importations d'électricité.


La France a dû importer plus d'électricité qu'elle n'en a exportée pendant 72 jours en 2010. Cette tendance explose depuis 2005. La France a été importatrice nette de courant au moins une heure par jour pendant 139 jours en 2010. La France a importé plus d'électricité qu'elle n'en a exportée en Allemagne, en Belgique et en Espagne en 2010. Autant pour l'indépendance énergétique (!...).


Entre 2005 et 2010, le record de demande d'électricité en pointe a augmenté de 10 000 MW, une demande pour laquelle 11 réacteurs de 900 MW ne suffiraient pas. Le couple nucléaire/chauffage électrique oblige au surdimensionnement très onéreux des équipements (les centrales, les THT et l'ensemble du réseau de distribution) et à des importations carbonées de plus en plus importantes. Les fabricants de convecteurs, le BTP, les spéculateurs du marché de l'électricité et les pays exportateurs d'énergies fossiles n'ont pas fini de se frotter les mains. Nos concitoyens les plus démunis n'ont pas fini de geler.


Jusqu'où ira-t-on dans la fuite en avant productiviste ? Jusqu'au black-out.


En 2010 le potentiel maximal d'importation d'électricité en France par le réseau électrique européen est de 8 GW. Le 6 janvier 2010 la France a importé un maximum de 7,8 GW. Et que fera-t-on si nos voisins européens ont besoin de leurs électrons pendant les grands froids ?


Plus que jamais le chauffage électrique est le cheval de Troie du nucléaire


Les 3/4 des nouveaux logements étaient équipés de chauffage électrique en 2008 et en 2009, il s'agit de centaines de milliers de logements qui s'ajoutent aux 8 millions de logements tout électrique existants.


Cet équipement massif rend de plus en plus difficile une sortie du nucléaire et une baisse des émissions carbonées. D'autant plus que le secteur du bâtiment est rétif aux changements et que les bâtiments sont construits pour des durées dépassant le siècle. Entre la parution de l'Etude sur les sorties courtes du nucléaire en 2007 et aujourd'hui, près d'un million de logements tout électrique sont arrivés sur le marché.


Face à ce véritable désastre énergétique, la seule solution envisagée est la croissance infinie des moyens de production. Les surconsommations hivernales justifient "le maintien" du parc nucléaire avec les EPR et des réacteurs qui vont fonctionner au moins 40 ans, la construction de près de 16 GW de centrales au gaz, l'allongement de la durée de vie de 3,3 GW de centrales au charbon.


Quand nous attaquerons nous à la source du mal ? La plus efficace des campagnes antinucléaires serait une campagne pour l'interdiction du chauffage électrique. Comme le nucléaire va de pair avec les énergies fossiles, ce serait aussi une campagne pour lutter contre les changements climatiques.


Src : Martin Leers du 17 mars 2011 © LE LIEN COMMUN

 


 

Quelques éléments supplémentaires :


> RTE souligne dans son bilan 2010 : "Le développement du chauffage électrique, notamment des pompes à chaleur, augmente la sensibilité de la consommation aux températures froides. La sensibilité à la température de la consommation d’électricité est aujourd’hui de 2300 MW par °C à certaines heures de la journée, soit l’équivalent du double de la consommation de la ville de Marseille en plus par degré de température en moins."

http://www.rte-france.com/uploads/media/pdf_zip/presse/dp-2011/2011_01_20_DP_Bilan_electrique_francais_2010.pdf


> Les pompes à chaleur air-air, au rendement médiocre et pourtant largement subventionnées (de 2003 à 2010), sont devenues le nouveau chauffage électrique de masse. Négawatt notait en 2009 que 50 % de la sensibilité à la température du réseau électrique européen se situe en France : " Sur les années 2000, le niveau de la consommation de base (la puissance minimale appelée tout au long de l’année) n’a quasiment pas augmenté, alors que la puissance de pointe augmentait en moyenne d’environ 1 600 MW par an. En d’autres termes, c’est l’équivalent en puissance nouvelle chaque année de presque deux réacteurs nucléaires de type 900 MWe – ou d’un nouveau réacteur de type EPR. A ceci près qu’il ne s’agit pas d’un besoin de base, mais de moyens de production à solliciter pour quelques jours, quelques semaines tout au plus. "

 

> présentation de Négawatt sur la pointe électrique : http://www.negawatt.org/telechargement/PointeElec/nW%20Pointe%20elec%20Presentation%20011209.pdf

 

> le dossier complet : http://www.negawatt.org/telechargement/PointeElec/nW%20Pointe%20elec%20Dossier%20de%20presse%20011209.pdf

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