> Nucléaire : Se gèlera-t-on les orteils à Noël ?

Publié le par enerli

 

« Il existe une menace réelle sur la continuité de la fourniture électrique pendant l’hiver 2011-2012 et les suivants car les pointes de consommation augmentent d’année en année », souligne Cap Gemini (entreprise de conseil et de services informatiques) qui vient de publier son « Observatoire européen des marchés de l’énergie ».

 

Jusqu’ici, pour couvrir ses pointes de consommation hivernales, l’Hexagone importait de l’électricité d’Allemagne.

 

Mais échauffé par l’accident de Fukushima, notre voisin germanique a décidé de fermer ses 7 plus anciens réacteurs et de ne pas redémarrer un huitième, arrêté depuis 2007.

 

« 8 000 mégawatts ne seront plus sur le réseau. Cela va manquer. En cas de grand froid, la sécurité électrique de la France pourrait être menacée, en clair qu’il pourrait y avoir des coupures », explique Colette Lewiner, directrice internationale du secteur de l’énergie chez Cap Gemini.

 

Mettre la menace de pénurie sur le dos de l’Allemagne est tout bonnement « scandaleux » pour Bernard Laponche, expert en politiques énergétiques et membre de Global Chance. Car c’est bien la France toute seule qui s’est mise dans ce pétrin. « Nous n’arrivons pas à répondre à notre demande en pointe parce que 75% de notre électricité est d’origine nucléaire (une technologie peu flexible, ndlr). Et nous avons de fortes pointes parce que nous utilisons largement le chauffage électrique. La pointe française représente la moitié de la pointe européenne en terme de puissance ! »

 

En effet, contrairement aux systèmes de chauffage utilisant des cuves à gaz ou à fioul, les radiateurs électriques ont recours à une ressource qui ne se stocke pas. Aussi, quand en rentrant du boulot, tous les Français montent le thermostat, le réseau est sollicité massivement. D’où un pic spectaculaire.

 

Aller chercher son énergie ailleurs

 

« On a choisi le nucléaire mais dans ce cas, il ne fallait pas opter pour le chauffage électrique. Et nous, on a fait les deux , conclut Bernard Laponche. Alors, « si le pays à côté ne peut pas ou n’a pas envie de vendre de l’électricité, la France est coincée. »

 

Un mauvais procès pour Colette Lewiner : « Dans un réseau interconnecté comme le réseau européen, on n’a pas besoin d’avoir une autosuffisance. La logique qui consiste à importer et à exporter à certaines périodes est bonne. Le problème, c’est que l’Allemagne a pris une décision sans aucun contact diplomatique, comme si elle était seule au monde. »

 

Voilà pour les querelles sur la stratégie française. Reste que l’Hexagone n’est toujours pas habillé pour l’hiver.

 

Sollicité, Réseau de transport d’électricité (RTE) n’a pas souhaité détailler son plan hivernal avant la parution de son rapport, prévue « avant le 10 novembre ». Une chose est sûre, en cas de grand froid, la France devra aller chercher son énergie ailleurs. Chez nos voisins helvétiques ? « En été, la Suisse est exportatrice. Son hydroélectricité fonctionne bien parce que les glaciers fondent. Mais en hiver c’est moins évident », tempère Colette Lewiner. En Espagne ? « Tout dépend de la capacité d’eau disponible… »

 

Autre problème : l’Hexagone risque de ne pas être seul à chercher de l’électricité à tout prix. Résultat : « le kwh pour trois jours de grand froid pourrait coûter les yeux de la tête », prédit Bernard Laponche. Et les importations tous azimuts pourraient avoir un autre effet pervers : l’augmentation des gaz à effet de serre. Car – outre l’hydroélectricité ça et là - c’est essentiellement les centrales au gaz et au charbon qui risquent d’être sollicitées sur le continent européen.

 

Des efforts du côté des citoyens et des industries

 

La France pourrait aussi travailler à réduire sa demande, en cas de grand froid. « Les grandes industries ont souvent des contrats d’effacement. Contre une remise de prix, elles s’engagent à ne rien consommer 22 jours par an. On pourrait leur demander de ne pas consommer en cas de forte pointe », suggère Colette Lewiner.

 

Les particuliers pourraient aussi être appelés à se serrer la ceinture. « On peut envoyer un message aux citoyens pour leur demander de ne pas utiliser l’électricité en période de pointe. De ne pas mettre en marche la machine à laver en soirée, mais plus tard dans la nuit. Ca a déjà bien fonctionné l’an dernier en Bretagne et en région Paca, qui sont deux régions difficiles à alimenter », souligne l’experte de Cap Gemini.

 

Et à plus long terme ? La France pourrait être amenée à revoir tout bonnement sa stratégie électrique. En construisant notamment des centrales à gaz pour couvrir les périodes de pointe. En améliorant surtout l’isolation des bâtiments, ce qui limiterait le recours massif à l’électricité en hiver tout en gardant nos orteils bien au chaud.

 

Src : Karine LE LOET du 26 octobre2011 © TERRAECO

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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