> Nucléaire : L'accord PS-Verts est-il "irresponsable"?

Publié le par enerli

 

18.11.2011 - Depuis mardi, les membres du gouvernement se succèdent dans la presse pour discréditer l'accord entre le PS et les écologistes sur le nucléaire. Ils dénoncent notamment son coût exorbitant.


"Irresponsable". François Fillon est allé à l'essentiel pour évoquer l'accord entre le PS et les Verts sur le nucléaire. En pleine cacophonie sur la validité du pacte écolo-socialiste, ils étaient nombreux déjà avant le Premier ministre à évoquer les risques qu'un tel programme ferait peser sur l'économie française. Depuis plusieurs jours en effet les membres du gouvernement, et les acteurs de la filière se succèdent dans la presse pour rappeler les socialistes à leur bon sens. Hier Nicolas Sarkozy évoquait des "dommages considérables" pour l'industrie française. La veille, Xavier Bertrand parlait d'un accord "insupportable"...

 

Alors concrètement quelles pourraient être les conséquences de ce pacte pour la France ?

 

Dans le détail le plan signé mardi prévoit deux mesures phares : le passage de 75 à 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité en France d'ici à 2030, et l'arrêt de 24 centrales sur les 58 que comptent le pays d'ici à 2025. Le retraitement des déchets et la production de Mox, qui faisaient l'objet des dissensions entre les Verts et le PS, seront maintenus dans la mesure nécessaire pour alimenter les réacteurs encore en activité.

 

Surcoût et suppressions de postes

 

A droite, on dénonce déjà le coût exorbitant de cet accord. Ainsi, quels que soient les scénarios évoqués- il y en a des dizaines !- il semblerait qu'une sortie du nucléaire serait de toutes façons plus coûteuse que le statu quo. Selon l'Institut Montaigne qui a chiffré pour les Echos la proposition électorale du PS, le surcoût pour l'Etat avoisinerait les 125 milliards d'euros. Soit plus encore que les 60 milliards d'euros récemment évoqués par l'UFE, l'association regroupant les professionnels de l'énergie en France (EDF, GDF-Suez...). Une différence que tient à expliquer le think thank : les patrons de l'énergie auraient calculé les seules dépenses d'investissement sans prendre en compte les dépenses de fonctionnement et notamment les mesures d'incitation pour réduire la consommation des Français.

 

Mais les pro-nucléaires en conviennent, conserver l'atome ne se fera pas non plus sans douleur pour les caisses de l'Etat. En effet, l'UFE estime à 320 milliards d'euros le budget nécessaire pour assurer la continuité du mix actuel. Un chiffre auquel il faudra ajouter le coût de démantèlement des centrales, qui pour l'heure n'a fait l'objet d'aucune estimation précise, mais qui s'élèverait à plusieurs dizaines de milliards d'euros.

 

Autre sujet de crainte, la filière nucléaire emploie environ 250.000 personnes en France. Selon les calculs d'EDF, qui se basent sur une étude réalisée par PriceWaterhouseCoopers pour Areva, le programme socialiste pourrait ainsi conduire à la suppression de 160.000 postes d'ici à 2030. Un calcul qui ne prend pas en compte le nombre d'emplois qui pourraient être parallèlement créés grâce au développement des énergies renouvelables...

 

Areva et EDF sur le fil rouge

 

De façon plus globale, c'est l'abandon de la filière nucléaire en tant que telle qui est dénoncée par la droite. Cette filière d'excellence, qui risque de disparaitre avec le programme socialiste. EDF et Areva ont beau avoir échappé au pire : l'arrêt de Flamanville ou encore la suppression du retraitement nucléaire, une arrivée de François Hollande à l'Elysée serait en effet une terrible nouvelle pour les deux industriels qui risquent de perdre en rentabilité, en savoir-faire, en innovation mais aussi en crédibilité à l'international.

 

EDF peut en parler lui qui a vu son cours de Bourse s'effondrer de 11% en une semaine, et de 38% depuis le début de l'année. Selon les calculs de Cheuvreux, la fermeture de 24 centrales amputerait le résultat opérationnel d'EDF de 4,9 milliards d'euros, soit 31% du montant attendu en 2011. D'après Société Générale, rien que la fermeture immédiate de Fessenheim provoquerait une perte de 274 millions. Quant à Oddo, le broker estime que le non allongement de la durée de vie des centrales nucléaires au-delà de 40 ans aurait un impact négatif de 5 euros par titre.


De quoi rendre EDF extrêmement nerveux. Ces deux dernières semaines, l'électricien s'en est même pris à plusieurs reprises à la presse: il a demandé à l'AMF de mener une enquête au sujet d'un article du Monde qui aurait eu des conséquences sur son cours de Bourse, et a même supprimé le budget pub de la Tribune, après que le journal eut évoqué un possible abandon de l'EPR par EDF.

 

Si la gauche passe en 2012, il faudra pourtant bien que le géant français de l'énergie s'habitue à ces petites contrariétés.


Src :  Julie DE LA BROSSE du 18 novembre 2011 © L’EXPANSION - L’EXPRESS

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article