> Nucléaire : Claude ALLEGRE est-il crédible ?

Publié le par enerli

 

26.11.2011 - L'accord signé entre les Verts et le Parti socialiste est une trahison de tout ce qui a été accompli jusqu'ici pour préserver l'indépendance énergétique de la France, explique Claude Allègre. Epouvantable au plan national, il est au surplus aberrant au plan politique : quand les minoritaires imposent leurs décisions aux majoritaires, c'est la démocratie à l'envers.

 

Le Figaro Magazine- La France a-t-elle les moyens de se passer du nucléaire ?

 

Claude AllègreSauf à importer massivement du pétrole, aucune énergie dite alternative ne saurait aujourd'hui remplacer le nucléaire ou les centrales thermiques. La réponse est donc clairement non. Le plus suffocant, dans ce débat, est encore la malhonnêteté intellectuelle avec laquelle il s'est instauré en France, comme s'il devait s'agir d'une suite logique à la catastrophe de Fukushima, alors que cette dernière n'était due qu'au tsunami.

 

Les 30 000 morts au Japon ont été provoquées par un raz-de-marée, quelques personnes ont été irradiées, mais aucune n'est morte du fait du nucléaire. Ignorer ces paramètres est une première hypocrisie, et vouloir faire l'amalgame entre les conditions géologiques et climatiques de la France et du Japon en est une seconde. Nous n'avons pas de tsunami et les éventuels séismes sur notre territoire ne peuvent être que de faible amplitude - je tiens au reste à faire remarquer que les centrales japonaises ont résisté aux tremblements de terre.


On extrapole donc à la France des conditions qui ne sont pas celles du Japon. Par ailleurs, en termes de technique, les centrales japonaises à eau bouillante, avec un unique circuit de vapeur, n'ont rien à voir avec les centrales françaises qui sont dotées de trois circuits, donc beaucoup plus sécurisées. Depuis les événements survenus au Japon, les Français n'ont cessé de renforcer la sécurité de leurs centrales, déjà très fiables. Cette mise en péril de notre industrie nucléaire concertée par les Verts est lamentable.

 

Quelle analyse politique faites-vous de l'accord PS-Verts ?

 

Je n'y vois rien d'autre que de la politique politicienne aboutissant à une aberration sur le plan économique et, finalement, à une trahison par rapport à la nation et à tout ce qui a été accompli depuis des décennies par tous les gouvernements - de droite comme de gauche - pour lui donner son indépendance énergétique. En tant qu'ancien ministre socialiste, je considère cet accord comme une félonie allant à l'encontre de ce qu'ont fait François Mitterrand et Lionel Jospin. C'est grâce au nucléaire que la France a pu résister mieux que les autres pays aux crises pétrolières. Cela montre à l'évidence l'inaptitude à gouverner de ces gens-là... Par ailleurs, sur le plan arithmétique, il est aberrant que les Verts, qui ne comptent quasiment pas dans le paysage politique avec les 3 % dont les créditent les sondages, imposent leur volonté aux socialistes qui, pour l'heure, bénéficient de 58 % d'intentions de vote à la prochaine présidentielle. C'est la démocratie à l'envers !

 

Comment ont été menées les négociations entre les deux partis ?

 

Mal, car pour le PS, ce n'était assurément pas à Martine Aubry de les conduire. Lorsque nous nous sommes retrouvés dans la même situation, Jospin ayant été désigné comme candidat à la présidentielle de 1995, alors que Emmanuelli était le premier secrétaire, c'est naturellement Jospin qui a négocié avec les Verts.

 

Là, de vous à moi - car je m'occupais du secteur -, nous avons été assez malins en signant l'arrêt de Superphénix qui n'était rien moins qu'un gouffre financier - et technique, du fait de multiples pannes. Il fallait arrêter, de toute manière. Mais quand les Verts ont commencé à parler d'un plan d'arrêt du nucléaire, autant vous dire que Jospin les a envoyés à la pêche ! Seize ans plus tard, alors que s'aggrave la crise internationale et que nous allons devoir résister à de multiples pressions, ce marchandage irresponsable met en péril notre indépendance énergétique. C'est, au sens strict du mot, épouvantable.

 

Diriez-vous que les Verts sont devenus fous ?

 

Les Verts ont toujours été fous. Ils sont semblables au Front national, de l'autre côté de l'échiquier politique, posant les bonnes questions et donnant les mauvaises réponses. Jusqu'à preuve du contraire, le PS a été historiquement le parti du progrès et de la croissance, ce dernier mot figurant à l'envi dans son programme, or le voilà avec un partenaire qui ne prêche que la décroissance. L'alliance est donc contre-nature. Et pour ce qui est de la disparité des forces, si François Hollande ne sait pas s'organiser pour résister à des Verts qui ne représentent au mieux que 3 %, comment pourrait-il demain résister à la Chine sur des droits de douane ? On ne peut décidément pas confier la France à ces gens-là.

 

Cela signifie-t-il que le candidat socialiste à la présidentielle risque de se retrouver dans le rôle d'un «capitaine de pédalo» ?

 

L'affaire s'est faite dans son dos, et il ne tient pas ses troupes, à commencer par Martine Aubry, c'est clair. A-t-elle décidé de le planter, comme lui-même a essayé de le faire avec Ségolène ? Je n'en sais rien. Reste que tout cela est ahurissant. Il faut que les Français sachent que l'estimation de 400 000 emplois est très sous-évaluée. En fait, ce sont de 600 000 à 650 000 emplois qui seront en jeu du fait du plan de retrait du nucléaire voulu par les Verts. Après les tergiversations et amendements que l'on sait sur le MOX, c'est tout le savoir-faire et l'emploi de l'usine de retraitement de La Hague qui demeurent malgré tout en cause.

 

On ne peut donc que se féliciter de la ferme intervention de Michel Rocard pour soutenir Hollande dans son refus de céder aux Verts sur le chantier de l'EPR de Flamanville. Observant qu'il y aurait dans sept à huit ans une diminution « frénétique » des ressources pétrolières et que le charbon tuait beaucoup de gens, il a plaidé pour qu'on retrouve la sérénité sur le nucléaire. Même soutien de la part de Jean-Pierre Chevènement, d'Arnaud Montebourg. Si vous interrogez Pierre Mauroy, il vous dira la même chose. Alors...

 

Alors quoi, justement ?

 

Il y a d'abord le bien et l'indépendance de la France - données intangibles. Mais s'il faut en venir à l'arithmétique politicienne, allons-y : le PS n'a pas besoin des Verts pour être élu. Pourquoi avoir signé un tel accord alors qu'il pouvait être négocié au lendemain du premier tour ? Erreur tragique. Imaginez que les Verts fassent seulement 2 % ? Les socialistes vont malgré tout leur laisser 60 circonscriptions aux législatives ? C'est d'autant plus grotesque qu'ils les perdront, car les circonscriptions ne sont pas garanties.

 

Vous aurez le même phénomène pour la gauche que celui qui vient de se produire pour la droite aux dernières élections du Sénat : plusieurs candidats sur une circonscription, d'où émiettement des voix et échec. A Lyon, Gérard Collomb a clairement signifié qu'il ne laisserait pas de place au EELV Philippe Meirieu. A Paris, le moins que l'on puisse dire est que le parachutage de Cécile Duflot n'est pas bien ressenti. Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë n'en veulent pas.


Moi, je ne suis plus socialiste. J'ai quitté ce parti lors de la désignation de Ségolène Royal, que je réprouvais. Je ne suis pas pour autant membre de l'UMP. Je suis libre. Mais je suis attristé au souvenir de ce parti qui fut le mien durant trente ans.

 

Que pensez-vous d'Eva Joly ?

 

Elle a fait partie de l'escouade de ces juges qui ont fait tomber la barrière entre la magistrature et les médias. Elle s'est illustrée parmi ces gens de justice dont les affaires se sont retrouvées au vu et au su du grand public. Je n'y vois pas de hasard. En tant que magistrate, je n'avais pas beaucoup d'estime pour cette dame. Pour ce qui est de son action en politique, j'observe que c'est une jusqu'au-boutiste. Terrible ! On lui a donné le surnom de « Robespierrette ». Tout est dit.

 

Que faut-il faire, selon vous, en matière d'énergie ?

 

En diversifier les sources au fur et à mesure qu'apparaîtront les nouvelles technologies, y compris au sein du nucléaire. Nous sommes aujourd'hui à 75 % pour l'électricité, mais il n'est pas question de faire du tout-nucléaire, pour la simple raison qu'avec l'actuelle technologie se posera à échéance le problème des réserves d'uranium. Il faut évoluer avec cela. Reste, ici et maintenant, qu'on est très loin de pouvoir substituer avec l'éolien. Que faites-vous, lorsqu'il n'y a pas de vent ? Le solaire ? Que faites-vous, lorsqu'il n'y a pas de soleil ? Si, dans dix ans, on produit 10 % de l'électricité avec les énergies alternatives, ce sera une grande prouesse. Il y a d'autres sources inexploitées, à commencer par la géothermie, pas chère, inépuisable, et qui pourrait réduire les dépenses de chauffage, qui représentent 47 % des dépenses d'énergie.

 

Résumons : le nucléaire nous assure une indépendance, nous n'avons pas besoin d'importer de pétrole ou de charbon, et l'énergie ainsi produite est 30 % moins chère que les autres. Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas eu un seul mort en France à cause du nucléaire depuis que nous avons opté pour cette filière, ce qui n'est pas le cas pour l'industrie chimique et autres activités industrielles, où il y a toujours des accidents. Il faut donc arrêter cette paranoïa, où l'on est en train de faire de l'Europe le continent de la peur et, en conséquence, le continent du déclin. Je ne veux pas d'une France qui a peur, qui refuse le progrès et adopte l'idéologie des Verts de la décroissance. Bref, je refuse la France du déclin.

 

Src : Patrice De MERITENS du 26 novembre 2011 © LE FIGARO

Publié dans ENR : GENERALITES

Commenter cet article