> Nucléaire : Le maintien du nucléaire entrainerait un coût de 746 milliards d’euros !

Publié le par enerli

 

Avec un art consommé du scoop, le Figaro du jour donne la parole au Haut Commissaire à l’énergie atomique. Bernard Bigot plaide, avec foi, pour une France nucléaire. La somme des contre-vérités diffusées dans cette interview prêterait presque à sourire si elle n’émanait pas d’un personnage aussi influent. Ceci a amené Agir pour l'Environnement à effectuer un rapide calcul du coût du maintien du nucléaire.


Grand économiste devant l’éternel, Monsieur Bigot n’hésite pas un instant à sortir sa grande calculette et appliquer « une règle de trois », estimant ainsi que si l’Allemagne évalue à 250 milliards d’euros sa sortie du nucléaire, le parc français étant plus de trois fois plus important, le coût français serait donc trois fois plus élevé… L’économie est une chose finalement assez accessible !

 

Alors que la Cour des Comptes est en train d’évaluer le coût du nucléaire hexagonal, le Figaro semble réduire le travail de cette institution à une vulgaire règle de trois.

 

Or, que la France sorte ou non du nucléaire, la fermeture des réacteurs nucléaires qui arrivera tôt ou tard (espérons-le le plus tôt possible !) va entraîner une facture en matière de démantèlement qui viendra s’ajouter au coût d’une relance du nucléaire. Si la France s’inspirait de l’Angleterre, EDF serait dans l’obligation de mobiliser… 171 milliards d’euros, soit 154 de plus que ce qu'EDF a provisionné pour l'instant ! Avant ces fermetures, la maintenance des réacteurs vieillissants est estimée à 600 millions d’euros par réacteur, soit près de 35 milliards (sans prendre en compte les surcoûts liés au renforcement de la sécurité induits par la catastrophe de Fukushima comme par exemple le coulage d’un radier en béton de plusieurs mètres d’épaisseur sous la centrale de Fessenheim !).

 

L’EPR de Flamanville dont le coût de construction est désormais évalué à 6 milliards d’euros viendrait (espérons que non !) remplacer les réacteurs existants, soit une facture avoisinant les 300 milliards d’euros.

 

Un réseau électrique ultra-centralisé requiert un réseau de lignes à haute et très tension dont le coût de construction et de maintenance demeure à estimer mais qui se compte en dizaines de milliards d’euros.

 

Toute la filière nucléaire a été, directement ou indirectement, subventionnée par l’Etat. Le  Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) a bénéficié de 51 milliards d’euros de subventions publiques pour la période 1946-1992, pour un budget global estimé à 67.5 milliards d’euros.

 

Tout économiste qui se respecte doit, pour évaluer le coût du nucléaire, envisager le prix d’une gestion des déchets radioactifs durant les cinq prochains siècles. Selon l’association Global Chance, les montants envisagés pour l’enfouissement des déchets varient d’un facteur 4, passant de 14,7 milliards d’euros (1996) à peut-être 58 milliards (2003). Cette estimation pour le moins conservatrice et aléatoire émane de l’ANDRA.

Le coût du retraitement, de la production du MOX, de l’échec de Superphénix et d’Iter avoisine les 75 milliards d’euros supplémentaires.

 

Par ailleurs, le haut commissaire à l’énergie atomique oublie soigneusement d’évoquer le coût d’une catastrophe nucléaire. Parce que jugée impossible, le lobby nucléaire n’ose même pas évoquer une telle hypothèse. Or, le coût de Tchernobyl a dépassé les 500 milliards d’euros (hors coût de santé !). Fort heureusement pour les intérêts bien compris du lobby nucléaire, le risque assuranciel couvrant les dommages d’une catastrophe nucléaire limite la responsabilité des producteurs à 91 millions d’euros.

 

Enfin, le nucléaire, technologie peu flexible nous oblige, en période hivernale, à recourir à des importations massives… notamment d’Allemagne et de Suisse et à compléter nos capacités de production à l’aide de centrales gaz, fioul et charbon (augmentant ainsi encore le coût d’un système reposant sur le « presque tout-nucléaire ») ! Le monolithisme du système électrique hexagonal nous amène à vendre massivement de l’électricité en période creuse quand personne n’en veut et à en acheter massivement lorsque cette électricité est rare et coûteuse !

 

Le bas coût de l’électricité française est ainsi acquis au prix d’une externalisation massive que nos enfants auront à payer prochainement.

 

Pire, si le kWh français est finalement 25% moins cher que dans le reste de l’Union européenne, l’association Agir pour l’Environnement ne peut s’empêcher de rappeler qu’un Français consomme pour le seul secteur résidentiel, 2220 kWh contre 1127 kWh pour un Italien, 1715 kWh pour un Allemand et 1617 kWh pour un Européen. Si le kWh est objectivement moins cher, la facture globale est néanmoins plus élevée pour les français prisonniers d’un modèle électrique énergivore.

 

Enfin, en terme de dynamisme économique et d’exportation, il semble vraisemblable que l’investissement dans les énergies vertes soient plus pourvoyeuses d’emplois et de marchés à l’export que l’option « EPR » défendue par le chef de l’Etat actuel, tout aussi hyperactif, que radioactif et… improductif !

 

A l’aune de ces dépenses inhérentes au système électrique français, l’association Agir pour l’Environnement estime que le maintien du nucléaire coûterait aux français plus de 746 milliards hors coût d’une catastrophe nucléaire. Ce coût semble manifestement sous-estimé au regard des surcoûts constatés régulièrement !

 

Au terme de cette évaluation qui vaut bien celle faite au doigt mouillé par le haut commissaire à l’énergie atomique, il faut constater que l’énergie est un bien rare, précieux et à l’avenir coûteux.

 

Avec ou sans nucléaire, le kWh le moins cher est celui qu’on ne produit et qu'on ne consomme pas.

 

Src : Agir pour l'Environnement du 22 septembre 2011 © AGIR POUR L'ENVIRONNEMENT

Publié dans ENERGIE : NUCLEAIRE

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