> Fossile : le gaz de schiste au détriment des renouvelables ?

Publié le par enerli

Le lobbying actif de l’industrie du gaz mine actuellement les efforts européens pour fixer des objectifs en énergies renouvelables au-delà de 2020. Tel est l’avertissement lancé par Volker Buddensiek, rédacteur en chef de la revue internationale Sun & Wind Energy, dans son édition de juin dernier. Voici un extrait de l’éditorial.


(…) L’influent Comité de l’Industrie, de la Recherche et de l’Energie (ITRE) du parlement européen a décidé en réunion spéciale le 9 mai à Strasbourg de demander à la Commission européenne un prolongement des objectifs contraignants pour l’expansion des énergies renouvelables au-delà de 2020. La Commissaire européenne du Climat Connie Hedegaard soutient évidemment cette position et travaille pour obtenir des objectifs (…) à l’horizon 2030. Dans une interview pour le quotidien britannique The Guardian elle déclare à ce propos : « Nous avons besoin d’objectifs ambitieux. Ce serait une manière d’envoyer un signal à long terme pour les énergies renouvelables – que les énergies renouvelables ne vont pas arrêter de se développer après 2020. » Et cela doit se faire le plus vite possible, insiste-t-elle, afin de donner aux entreprises du secteur la nécessaire sécurité à long terme qu’il n’y aura pas de futur revirement de la politique énergétique européenne. Or c’est ce à quoi travaillent activement les lobbies de l’industrie du gaz. Ces derniers mois, ils ont intensifié leurs efforts, à travers de nombreuses discussions de fond avec des membres de haut-niveau de la Commission et du parlement européens, pour affirmer que le gaz constituait l’alternative « verte » la meilleure marché.


Par cette tactique, l’industrie du gaz souhaite sécuriser un marché pour la filière connue sous le nom de gaz de schiste. Ce gaz naturel se répand à travers les formations d’argiles. Son extraction devient de plus en plus profitable pour deux raisons : le développement de nouvelles technologies d’extraction telles que la technique controversée de la fracturation (injection à haute pression dans la roche d’un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques, permettant de relâcher le gaz) et l’augmentation du prix du gaz.


Les représentants de l’industrie avancent que les réserves de gaz de schiste contiendraient assez de gaz naturel pour fournir le monde en énergie durant deux siècles. Les lobbies distribuent dès lors l’étude « Voies optimisées pour atteindre les objectifs 2050 de réduction à moindre coût et avec une faisabilité améliorée », commanditée par le European Gas Advocacy Forum en collaboration avec le consultant Mc Kinsey. Derrière ce Forum se retrouve une coalition de groupes énergétiques tels que Centrica, Eni, E.ON Rhurgas, Gazprom, GDF Suez, Quatar Petroleum, Shell et Statoil. Leur message semble avoir trouvé un écho auprès du Commissaire européen de l’Energie Günther Oettinger, qui estime dès lors dans The Guardian qu’il n’y a pas besoin de prolonger les objectifs d’énergies renouvelables au-delà de 2020.

Alors que les conditions de soutien pour les énergies renouvelables se sont parfois drastiquement affaiblies dans plusieurs pays européens, tout dépendra désormais de savoir si l’Europe se soumettra ou non aux groupes énergétiques, comme l’ont déjà fait plusieurs gouvernements nationaux. Les entreprises et associations du secteur renouvelable doivent à présent montrer si elles ont tiré les leçons de ces derniers mois et dès lors agir à temps pour arrêter un revirement du paradigme européen.


Une nouvelle bulle spéculative ?


Les inquiétudes de nombre d’experts autour de l’exploitation des gaz de schiste ne concernent pas seulement les effets environnementaux de la fracturation hydraulique, la seule technologie actuellement « maîtrisée » en la matière par l’industrie extractive. Elles portent aussi sur l’intense lobbying qui entoure cette exploitation tant aux Etats Unis qu’en Europe. En France, le début de cette année a été illustré par l’intense activité des grandes compagnies – Total, GDF-Duez, Halliburton – dans la discussion en coulisse sur la loi visant à encadrer l’exploration en la matière, votée le 1er juin dernier. Une loi qui interdit (provisoirement) la fracturation hydraulique mais que les amendements ont pratiquement vidée de sa substance. Aux Etats-Unis, on retrouve une même effervescence autour du rapport d’experts commandé par Obama et publié le 11 août dernier, sur les performances environnementales et la sécurité de la production des gaz de schiste. Un rapport qui approuve la poursuite de la fracturation hydraulique… Sans surprise, puisque 6 des 7 membres du panel ont des liens d’intérêt avec l’industrie du gaz et du pétrole.


Autre sujet d’inquiétude et non des moindres : selon des informations publiées par le New York Times, l’industrie des gaz de schiste reposerait sur des évaluations reconnues comme fausses. Un mensonge gros de plusieurs milliards de dollars que les géants du secteur tentent déjà de dissimuler (en forant par exemple des puits « bidons ») pour éviter l’effondrement de la bulle. Les réserves semblent avoir été nettement surévaluées dès le départ; ainsi que la période de déclin après une première année d’exploitation des puits. Par ailleurs, les coûts d’exploitation seraient, eux, nettement sous-évalués pour attirer les investisseurs. De sorte que certaines opérations de marchés ressemblent de plus en plus à ce que nous avons connu à la veille de l’éclatement des bulles internet et des subprimes.

 

Src : Volker Buddensiek / Sun & Wind Energy du mois de juin 2011 © Apere n° 36 / 09-2011

 

LES GAZ DE SCHISTE POSENT QUESTION


En décembre 2010, 300 personnes réunies au pied du Larzac lancent un mouvement sans précédent contre l’exploration du gaz de schiste.Un mois plus tard, plus de 100 000 personnes les ont rejointes au travers d’une pétition. En six mois, des dizaines de collectifs sont né. Des milliers de « refusants » se sont ainsi levé face à cette menace pour leur environnement et leur santé, contre une décision prise sans information et sans concertation.

 

Ce livre répond aux questions qui se posent sur le vote en apparence unanime d’une loi qui au final ne règle rien, et décortique l’enjeu de cette gigantesque bataille de l’énergie qui dépasse les frontières françaises en même temps que, presque partout dans le monde, l’on fore déjà à la recherche de ce gaz. II revient sur l’histoire secrète des gaz de schiste, qui implique de nombreux dirigeants et hommes d’affaires. La problématique des gaz de schiste est aussi un formidable révélateur de nos appétits de consommation, de notre aveuglement devant la crise climatique et de l’affaissement de l’esprit démocratique. Brûlerons-nous jusqu’à la dernière molécule de gaz, quitte à détruire paysages, cultures et nappes phréatiques ? N’est-il pas temps de réfléchir ?

 

Le vrai scandale des gaz de schiste par Marine JOBERT et François VEILLERETTE

Editions Les liens qui libèrent, 2011 - 237 pages - 18 € - ISBN : 978-2-918597-31-5

www.editionslesliensquiliberent.fr

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