> Eolien onshore : Baisser de 25 % la part du nucléaire grâce à l'éolien ouest-saharien

Publié le par enerli

 

Baisser de 25 points la part du nucléaire grâce à l'éolien ouest-saharien est l'option la plus économique pour la France.

 

La consommation électrique de la France a été de 513 TWh en 2010. Le nucléaire pèse 75% du mix électrique français, tandis que les énergies renouvelables variables pèsent 1,8% (1,7% pour l’éolien et 0,1% pour le solaire PV). Les experts estiment classiquement qu’avec les systèmes de flexibilité déjà en place en France, on peut intégrer 20 à 25% d’EnR variables. Grâce aux EnR variables, il est donc techniquement possible de réduire de 25 points (passer de 75% à 50%), le poids du nucléaire en France, objectif fixé par Martine Aubry, François Hollande et Dominique de Villepin pour 2025.

 

L’hydroélectricité et l’éolien terrestre sont deux filières renouvelables qui ont du sens sur le plan économique. Il n’est cependant pas possible d’augmenter la production hydroélectrique française (pour des raisons écologiques, mais aussi parceque la plupart des sites sont déjà équipés). Concernant l’éolien, la densité démographique élevée dans notre pays conduit à installer les parcs éoliens sur des sites qui ne sont pas optimaux au niveau du gisement éolien, avec des facteurs de capacité de l’ordre de 20%, ce qui conduit à un coût du kWh d’environ 7 centimes, ce qui est bien moins élevé que le coût du solaire photovoltaïque ou de l’éolien offshore, mais cela reste supérieur au coût du kWh nucléaire EPR (6 centimes le kWh).

 

Au sud du Maroc, dans l’ouest saharien, d’immenses espaces très peu peuplés (moins d’1 habitant au km2) et très bien ventés (facteur de capacité supérieur à 40%, plus de 3500 heures par an) sont disponibles. Le coût du kWh éolien sur ces sites est d’environ 3 centimes (quand il y a deux fois plus heures, on produit deux fois plus d'électricité). A titre de comparaison, le coût de production du kWh solaire CSP (solaire à concentration thermodynamique) dans le Sahara est d’environ 16 centimes d’euros, ce qui est beaucoup trop élevé.

 

Transférer l’électricité éolienne par une liaison HVDC Maroc-France coûte moins d’1,5 centime par kWh (Source: ABB, Siemens et Alstom Grid), pertes énergétiques comprises (la Chine transporte par liaison HVDC l’électricité verte sur 2000 km, à un coût très compétitif, et le Brésil va faire la même chose). L’électricité éolienne ouest-saharienne livrée en France coûte donc 3 + 1,5 = 4,5 centimes.

 

Pour répondre au quart de la consommation électrique intérieure française, il faut fournir 0.25 x 513 TWh = 128 TWh. Auquel il convient d’ajouter environ 10% compte-tenu des pertes énergétiques lors du transport HVDC Maroc-France (conversions alternatif/continu et contuni/alternatif à chaque pôle incluses), soit un total de 140 TWh.

 

Pour produire 140 TWh avec l’éolien sur un site bénéficiant d’un gisement éolien ouest-saharien de 3500 heures par an (40%), il faut installer une puissance de 40 GW. Le montant de l’investissement est de 40 milliards d’euros (éolien terrestre: 1€/W). La surface nécessaire, avec une densité moyenne de 10 MW/km2, est de 4000 km2, c'est à dire un carré de 64 km de côté, y compris les espaces vides entre les éoliennes qui restent disponibles pour de nombreuses activités humaines. Gregor Czisch a identifié plus de 50 000 km2 (avec un facteur de capacité supérieur ou égal à 40%) de disponibles au sud du Maroc. 

 

Une liaison HVDC de 40 GW sur 2000 km (par exemple 8 lignes de 5 GW, 800 kV) coûte environ 10 milliards d’euros, convertisseurs compris (Source : ABB). Le total de l’investissement (parcs éoliens + liaisons HVDC) s’élève donc à 50 milliards d’euros.

 

Pour produire 128 TWh avec un parc électro-nucléaire EPR (facteur de capacité de 90%), il faut installer 16 GW, soit un investissement de 64 milliards d’euros (L'EPR de Flamaville, d'1,5 GW a coûté 6 milliards d'euros, idem pour l'EPR finlandais, soit 4€/W). Ceci sans tenir compte ni de la gestion des déchets nucléaires sur des milliers d'années, ni du démantèlement des centrales en fin de vie.

 

Il en résulte que l’option de l’éolien ouest-saharien est, pour la France,  plus économique que l’option nucléaire EPR. Il n'existe aucune autre solution à base d'énergies renouvelables capable d'une telle performance sur le plan économique.

 

Les solutions à base de solaire PV ou CSP, d'hydrolien, d'éolien maritime ou encore de biomasse ou de géothermie conduisent à un coût bien plus élevé. 

 

A noter que la construction d’une autoroute HVDC de l’électricité verte Maroc-France via l’Espagne (projet FRAMARES) serait bénéfique pour les trois pays, l’Espagne ayant lourdement misé sur les EnR variables, et le Maroc, pays traditionnellement et culturellement * tourné vers l'Europe, étant candidat pour exporter de l’électricité verte. Les trois pays pourraient alors échanger de l’électricité de manière symbiotique. Hassan II, Roi du Maroc de 1961 à 1999: "Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe"

 

Dans un deuxième temps (à horizon 2040 ou 2050), éliminer complètement le nucléaire en France nécessitera de tripler l'effort, d'où un montant d'investissement global de 3 x 50 milliards d'euros  = 150 milliards d'euros. Ceci sera possible dans le cadre d'un supergrid HVDC englobant l'ensemble de l'Europe et de ses voisins, et intègrant notammant les capacités de back up hydro norvégiennes et suisses, vision du scientifique Gregor Czisch. 150 milliards d'euros, c'est 6 fois moins que le montant du scénario proposé par le comité "Energie 2050" mis en place par Eric Besson et présidé par Jacques Percebois.

 

Src : Olivier Daniélo du 22 septembre 2011 © Objectif Terre des Hommes 

 

Publié dans ENR : EOLIEN ONSHORE

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