> ENR : Stocker l'électricité, un défi renouvelé à l'ère du renouvelable

Publié le par enerli

 

La fée électricité a un talon d'Achille: elle est très difficile à stocker, un casse-tête technologique et économique qu'il va falloir résoudre avec l'avènement du solaire et de l'éolien à la production aléatoire, soulignent des spécialistes.

 

Le stockage, c'est le talon d'Achille de la filière énergétique, regrette Christian Ngo, consultant en énergie et ancien directeur au Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), lors d'une conférence Innov'Eco consacrée à la question jeudi à Paris.

 

On sait stocker l'électricité, par contre on sait que c'est cher, souvent pas fiable et très souvent encombrant, déplore-t-il. Alors que si nous étions capable de stocker à grande échelle, nous n'aurions par exemple pas besoin de toutes les centrales nucléaires qu'on a en France.

 

Coeur du problème: en électricité, la consommation est en flux tendu avec la production. Or la demande - et donc les prix - fluctuent considérablement d'hiver en été et surtout au cours de la journée, avec des pics le matin vers 08H00 puis d'autres en soirée à 20H00 et 23H00.

 

Pour éviter des coupures de courant, il faut donc produire un peu trop, et ce surplus, faute d'être stocké, est alors perdu. Or, avec le développement à grande échelle de l'éolien et du solaire, c'est la production qui va devenir de plus en plus inconstante, ce qui compliquera un peu plus l'équilibre offre-demande.

 

Tant qu'on ne saura pas stocker l'énergie à grande échelle, ces énergies auront beaucoup de mal à se développer, avertit M. Ngo.

 

Même si le développement attendu des réseaux intelligents (smart grids) pourrait changer la donne, difficile selon les experts d'aller actuellement au-delà de 30% d'énergies aléatoires type solaire ou éolien. Ainsi au Danemark, champion européen de l'éolien, les prix varient parfois du simple au décuple au cours d'une même journée, selon une récente étude du cabinet de conseil Enea.

 

Comment est stockée l'électricité aujourd'hui? Entrées dans notre quotidien via les appareils électroniques, les divers modèles de batteries ont grandi pour équiper désormais les moteurs de voitures ou servir d'appoint au réseau électrique.

 

Mais elles sont chères, complexes à démanteler et des composants rares comme le lithium pourraient un jour venir à manquer.

 

A plus grande échelle, la technique est plus improbable: on utilise deux grands barrages en montagne en pompant l'eau la nuit en amont grâce à l'électricité bon marché, pour ensuite relâcher l'eau et produire de l'électricité aux rentables heures de pointe. Une méthode ancienne, employée par EDF notamment sur son barrage de Grand'Maison (Isère), qui fournit environ 4% de l'électricité française. Mais les possibilités de nouvelles constructions sont limitées, sauf à s'attaquer aux falaises...

 

Pour aller au delà, le secteur fourmille de pistes (via l'hydrogène notamment), mais elles sont réservées pour l'heure à des niches.

 

La branche s'est trouvée un terrain fertile: les îles, par exemple les DOM-TOM, qui ne peuvent pas importer d'électricité. Vu les prix du fioul et avec l'enjeu de réduction des émissions de CO2, la demande y est forte, souligne Axel Strang, chargé de mission au ministère de l'Ecologie.

 

A l'heure actuelle, personne n'est incité à stocker. Au contraire, la réglementation met plutôt des bâtons dans les roues, avec une +double peine+ puisqu'on est taxé au moment où on consomme et au moment où l'on produit, regrette Louis-Marie Jacquelin chez Enea.

 

Les progrès technologiques restent trop lents, selon M. Ngo. Ca va très lentement. Quand vous comparez à d'autres secteurs, les progrès sont négligeables, s'alarme-t-il.

 

Src : Romandie news du 30 septembre 2011 © AFP

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