> Energies renouvelables : recherchons désespérément, le "De Gaulle" des ENR...

Publié le par enerli

Le Grenelle de l'environnement était plein de bonnes intentions mais du papier à la réalité, il y a un gouffre. Les objectifs pourraient pourtant (presque) être atteints... pour peu que l'Etat investisse au bon endroit, selon Serge ORRU, le directeur général du WWF.


Le 26 novembre 1966, le Général de Gaulle inaugure l'usine marémotrice de la Rance, située à l'embouchure entre Dinard et Saint Malo. Première usine marémotrice au monde (centrale électrique qui tire son énergie de la force des marées), elle symbolisait l'âge d'or de la technologie française et marquait la modernisation du pays.

 

La France vire au vert pâle


Qu’est devenue cette puissance industrielle au 21ème siècle ? Il est peu de dire que notre pays a pris du retard en matière d’énergies renouvelables (marémotrice, solaire, éolien, hydraulique, biomasse, géothermie, etc.).

 

Un exemple emblématique : dans les années 1990, la France avait tenu un rang honorable dans la fabrication de cellules photovoltaïques, se plaçant parmi les cinq premiers mondiaux, mais aucun soutien n’a hélas été apporté à la filière pour consolider cette position. Parallèlement, les industries japonaise et allemande n'ont cessé de croître. Basées sur un marché intérieur soutenu par des réductions fiscales et des obligations d'intégration du photovoltaïque au bâti, ces industries fortement créatrices d'emplois ont su se développer pour aujourd'hui exporter et largement nous devancer.

 

Le nucléaire dans le rouge


Récemment, le Syndicat des Energies Renouvelables alertait sur notre capacité à atteindre l’objectif minimal de 23% d’énergies renouvelables en 2020 fixé par le Grenelle de l’environnement.

 

Rappelons-le avec force : aucun secteur industriel existant n’a pu se développer sans soutien national, le nucléaire a profité de l'investissement massif et du soutien total de l'Etat. Ce que nous avons fait sur le nucléaire, nous devons le réaliser sur les énergies renouvelables dans les 20 prochaines années. Et cessons de dire que nous pouvons financer à la fois le nucléaire et les ENR, nos finances ne nous le permettent pas !

 

L’affirmation de la souveraineté d’un pays souhaitant compter dans le concert international a gouverné l’approche française du nucléaire, une approche militaire à l’origine. Toutefois, l’étroite imbrication du nucléaire militaire et civil en France a été soutenue et développée par l’ensemble des gouvernements qui se sont succédés depuis. Un entêtement que n’auront pas entamé les catastrophes de Tchernobyl en 1986 et de Fukushima en 2011 : les socialistes français parlent pudiquement aujourd’hui de "sortir du tout nucléaire" (la part de cette énergie dans la production nationale est de 70%), le Président Sarkozy appelant quant à lui à ne pas "se couper un bras" en l’abandonnant, métaphore chirurgicale qu’il convient de laisser à l’appréciation des réfugiés atomiques ukrainiens et japonais qui ont été contraint d'abandonner à jamais leur domicile et leur région.

 

Imaginez un instant un accident dans une centrale dans la vallée du Rhône...

 

Sortir du nucléaire pour investir ailleurs, et mieux


Les Français récusent chaque jour un peu plus la mystification pro-nucléaire dans laquelle ils ont été maintenus par les industriels du secteur, et la quasi-totalité de leur classe politique qui n'a pas jugé nécessaire de provoquer le débat public.

 

Alors que notre pays s’évertue à vendre sa technologie EPR au monde entier (un grave échec économique malgré les apparences), nos propres voisins allemands et italiens, membres fondateurs de l’Union Européenne, viennent de confirmer l’arrêt complet, à terme, de leurs parcs électronucléaires. Plus de 140 millions de nos concitoyens européens auraient-ils fait le choix de ne plus s’éclairer ou se chauffer ? Ou bien de s’éclairer ou se chauffer grâce au charbon et à l’achat de notre production ? Bien sûr que non.

 

Certains chiffres devraient retenir notre attention : à l'horizon 2015, la capacité (puissance électrique) éolienne installée dans le monde atteindra le double de celle de l'énergie nucléaire. Le rendement des panneaux photovoltaïques ne cesse d’augmenter quand celui du nucléaire stagne : leur coût atteindra les 20 centimes d'euro du kilowattheure l’an prochain en Allemagne.

 

Et si on s'interrogeait sur le coût réel du nucléaire ?


Pendant ce temps, les discours français pataugent sur les comparatifs de coûts entre énergies propres et énergies polluantes renforçant le retard considérable pris par notre pays.

 

C’est afin de sortir de l’ornière que le WWF a proposé au Président de la République un audit de la cour des Comptes sur le coût réel de la filière électro- nucléaire. A ce sujet, l’Alliance pour la planète a rappelé la nécessité de prendre notamment en compte un périmètre exhaustif : recherche et développement; exploitation; traitement et stockage des déchets radio-actifs; démantèlement des centrales; coût de la sûreté et de la réduction des risques; renouvellement du parc nucléaire.

 

En effet, combien peut coûter la gestion et le stockage en couches géologiques profondes de combustibles radioactifs mortels dont la durée de vie dépasse 300 ans et peut aller jusqu’à des milliers, voire pour certains des millions d’années ? Au-delà des résultats de cet audit qui seront rendus publics fin janvier 2012, restera évidemment une donnée imprévisible du point de vue de la sûreté : la stabilité politique à long terme des pays où ces combustibles sont stockés. Par exemple, qui peut prévoir ce que sera la France dans 300 ans, dans 3.000 ans, etc. ?

 

Prévoir la fin des ressources


Les matières fossiles et les réserves d’uranium sont des ressources finies sur Terre. Nous nous dirigeons à l’échelle des générations présentes vers leur raréfaction. Si nous ne programmons pas dès maintenant la transition de notre modèle énergétique, elle s’imposera à nous demain dans des circonstances autrement plus difficiles et aléatoires.

Rappelons que chaque jour, notre planète reçoit du soleil l’équivalent de 10.000 fois les besoins de l'Humanité en énergie, tous secteurs confondus !

 

Là encore, le grand huit des politiques publiques est difficilement compréhensible... Les nouvelles règles mises en place en mars dernier ont brisé l’élan de la filière photovoltaïque française (10 000 emplois). Bien qu’aucun scénario ne prévoie l’absence de recours au gaz conventionnel à moyen terme, les alternatives décentralisées, inépuisables, non émettrices de CO2 et de déchets représentent un modèle viable.

 

Maîtrisons donc notre énergie, gaspillons-la moins, isolons notre bâti ancien et nouveau, orientons nos investissements sur ces alternatives, favorisons la reconversion des professionnels ! Et notre proposition reprise par beaucoup de favoriser la création d'un consortium européen de type EADS doit être étudiée sérieusement.

 

Nous avons besoin d’un "de Gaulle" des énergies renouvelables, autrement dit des femmes ou des hommes, porteurs de bon sens et de vision, capables de remettre en question les états de fait. En vérité, une politique susceptible de renouveler l’espérance dans la marche du progrès et le chemin de l’évolution.

 

Src : Serge ORRU du 2 septembre 2011 © WWF/ Le Nouvel Observateur

Publié dans ENR : GENERALITES

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