> Energie - généralités : La politique énergétique des 6 candidats à la primaire socialiste

Publié le par enerli

 

Les débats télévisés sont clos, les derniers meetings se tiennent avant le vote de dimanche. L'énergie a tenu une bonne place et les écologistes estiment que les choses ont commencé à bouger.

 

Les six candidats à la primaire socialiste ont beaucoup parlé d'énergie, sans jamais aller au clash. Un seul point paraît encore indécis : le développement de l'EPR, produit-phare d'AREVA à l'exportation, gage de beaucoup d'emplois, qu'un freinage ou un arrêt en France handicaperait forcément.

 

Tous d'accord pour ne pas lancer l'EPR n°2 de Penly, ils ne sont (peut-être) pas sur la même longueur d'ondes concernant l'EPR n°1 de Flamanville... Quant à Fessenheim, symbole alsacien des campagnes anti-nucléaires, ils ont tous fini par promettre sa fin rapide.

 

Développer les renouvelables et faire des économies d'énergies font l'unanimité (mais comment financer ?).

 

Les écologistes sont plutôt satisfaits. Cécile Duflot a salué l'évolution de François Hollande et Greenpeace juge que les choses ont commencé à bouger.

 

L'EPR fut le plus net accrochage, quoique bref,  de la campagne des "primaires"... François Hollande a essayé de "piéger" sa concurrente en lui faisant dire qu'elle était pour la fermeture de Flamanville. Martine Aubry a esquivé , mais pas dans une clarté absolue... On peut en voir le script et la vidéo sur Public Sénat. Elle avait pourtant promis à Greenpeace de préciser sa position sur ce dossier ultra-sensible.

 

Voici en quelques lignes le programme de chacun des six compétiteurs.

 

 

Martine AUBRY


 

Au fil de la campagne, Martine Aubry a de plus en plus clairement affirmé sa volonté de sortir complètement du nucléaire, reprochant à François Hollande sa tiédeur et en l'accusant de se contenter d'un « on verra ». Mais si elle affiche cette "ambition", elle veut le faire avec « sérieux » et ne donne pas de date-butoir (elle avait auparavant parlé de 20 ou 30 ans), avec un transfert des compétences de la filière vers l'enfouissement des déchets et le démantèlement des centrales.

 

Elle est pour la fermeture immédiate de Fessenheim, "avant même que la question du prolongement de la durée des centrales ayant atteint 30 ans ne soit débattue", a-t-elle dit dans une tribune à Libération reprise sur son site, alors qu'en mars sur Canal + elle proposait d'examiner le sort de la centrale alsacienne dans un audit général.

 

Martine Aubry est pour le non-lancement de l'EPR nr2 de Penly. Sur Flamanville, Martine Aubry s'est laissé une porte ouverte: «Honnêtement, il y a, à cette étape, beaucoup trop de questions pour que je puisse vous apporter une réponse définitive, ce que je ferai cependant dans les semaines a venir », dit-elle dans une réponse à Greenpeace . Mais elle a aussi déclaré qu'il vaut mieux utiliser Flamanville plutôt que de payer très cher pour prolonger la durée de vie des vieilles centrales.

 

Dans sa tribune à Libération, elle a précisé qu'une « commission d'experts, intégrant la diversité des points de vue, préparera un livre blanc auquel s'adosseront, dans chaque région, des concertations qui se concluront par une loi d'orientation de la politique énergétique avant l'été 2013 ».

Se prononçant pour le développement des renouvelables et un effort considérable d'économies d'énergie, elle estime que réhabilitation du patrimoine bâti existant est un chantier colossal et affectera un quart des emplois d'avenir pour les jeunes, à la préservation de l'environnement par exemple dans le domaine des diagnostics thermiques des logements.

 

 

François Hollande


 

Le favori des sondages est favorable à une « transition énergétique », promet un « débat national » dans les trois premiers mois de son mandat  et ferait adopter une « loi de programmation énergétique » qui fixe les étapes.  Il ne parle pas de « sortie du nucléaire » mais veut baisser la part de celui-ci dans le mix électrique de 75 à 50% en 2025, soit un effort qu'il juge comparable à celui engagé par l'Allemagne (de 22% à 0).  A plus long terme, il parle d'un « chemin de sortie du nucléaire d'ici 2050″ mais en soulignant que celui-ci est « soumis à de nombreuses incertitudes ».

 

Il est pour la fermeture de Fessenheim (comme Martine Aubry, il a durci sa position) et contre le démarrage de l'EPR 2 de Penly. Mais juge impossible de revenir sur l'EPR de Flamanville en cours de construction et qui doit démarrer en 2016. "Ce serait un gâchis", a-t-il dit. 

 

En outre, pour lui, le financement de la transition énergétique, qu'il voit sur 30 ou 40 ans, se fera notamment grâce à la « rente nucléaire », ce qui suppose l'extension de la durée de vie de centrales. Il faut, estime-t-il, doubler l'investissement dans la maîtrise de la demande énergétique (donc les économies d'énergie) et dans les énergies renouvelables. Ainsi, 10 milliards d'euros seraient dégagés et gérés par un « fonds de transition énergétique ». En outre, il agirait pour que soit créé au niveau européen un « champion des énergies nouvelles », notamment dans l'éolien et le solaire, sur le modèle d'EADS et d'Airbus.

 

 

Arnaud Montebourg


 

Le candidat le plus à gauche du PS rattache directement sa politique énergétique et écologique à son projet de « démondialisation », notamment sous deux aspects :

 

--« pour disposer des ressources nécessaires pour des investissements écologiques de grande ampleur, il est impératif de ne pas se laisser dicter sa conduite par les marchés financiers »

- "pour fonder une économie verte puissante, il faut développer une vraie politique industrielle et d'innovation, n'hésitant pas si nécessaire à se protéger au niveau européen face à la concurrence très largement faussée des pays émergents".

 

Il est "pour le dépassement du nucléaire", et prévient que "le débat sera long" et qu'"il ne faut pas apporter de réponses trop simples à des questions complexes ». Il est favorable à la fermeture de Fessenheim et contre le projet de  deuxième EPR à Penly.

 

Se référant souvent à Obama et Clinton, il indique que c'est après une rencontre avec Al Gore -qui l'a « bouleversé »- qu'il a commencé à croire à la nécessité d'engager une « mutation écologique » et de « vivre autrement ». Sur son blog , il avance ses propositions pour un "New Deal vert".

 

 

Ségolène Royal


 

L'ancienne candidate à la présidente de la République, Ségolène Royal est favorable a une sortie complète du nucléaire, mais lentement puisqu'elle fixe une date butoir de 40 ans (50% de la part électrique d'ici 20 ans). 

 

Mais elle est la seule à se prononcer franchement pour la fermeture du chantier de l'EPR de Flamanville. Elle est contre le lancement de Penly et pour la fermeture de Fessenheim, rappelant qu'elle l'avait demandé dès 2007. "Plutôt que d'investir des milliards dans la réhabilitation et la mise en sécurité des réacteurs de centrales nucléaires,  l'Etat doit investir massivement dans les programmes de transition et de sobriété énergétique".

 

Elle est hostile a toute exploitation du gaz de schiste mais estime qu'il ne faut pas fermer la porte à toute recherche sur les hydrocarbures non conventionnels. "Il faut, dit-elle, conserver ces ressources non renouvelables pour les générations futures".

 

Elle est celle qui met le plus en avant ses réalisations régionales concrètes, affirmant -non sans être contestée- que Poitou-Charentes est la région la plus écologique d'Europe , et rappelant la relance de l'entreprise Heuliez et de sa voiture électrique. Elle compte réunir en 2012 des Etats généraux de l'Energie pour engager la mutation écologique.

 

 

Manuel Valls


 

Manuel Valls se prononce pour "une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire", la réduction de la consommation d'électricité et une réorientation de l'effort de recherche sur les renouvelables . Il fixe un premier objectif : la part du nucléaire ramenée de 75 à 50% d'ici 2022.  Il est favorable à l'achèvement de l'EPR à Flamanville mais contre celui de Penly ou d'autres projets. Il est enfin pour la fermeture des plus vieilles centrales, en premier lieu Fessenheim. Mais il estime qu'"il ne faut pas courir derrière les Verts". Il se dit favorable à l'instauration d'un vaste débat qui devra être tranché démocratiquement par référendum au début du prochain quinquennat. Il a affirmé son « opposition totale » à l'exploitation du gaz de schiste.

 

L'Etat devra réorienter massivement l'effort public de recherche et de développement dans l'énergie en le focalisant sur le renouvelable. Cette énergie étant intermittente, la recherche sur les technologies de stockage est déterminante dans la compétition mondiale. Il faudra ensuite réduire la consommation d'électricité grâce à des solutions efficaces dans le logement et l'industrie et par la modernisation du réseau de transport et de distribution.

 

 

Jean-Michel Baylet


 

Le leader des Radicaux de gauche, qui est soutenu par le mouvement "Génération Ecologie" d'Yves Pietrasanta (voir tribune), a résumé ses positions en matière d'énergie et d'environnement dans une réponse à Greenpeace (cf texte complet). Il se prononce notamment pour une "déprivatisation" du secteur énergétique, estimant que l'Etat n'a plus les moyens face aux grands groupes, d'imposer des orientations nouvelles comme le développement des énergies renouvelables.

 

Opposé à l'énergie nucléaire « à titre strictement personnel »,  Jean-Michel Baylet est cependant « convaincu que le nucléaire est devenu une réalité économique et technique difficilement réversible ». Mais il est « plutôt réticent aux chantiers EPR ».

 

Il n'est pas hostile par principe aux énergies fossiles qui  font partie de notre modèle économique. Mais des efforts sont nécessaires pour  la prise en compte du coût réel du transport routier et il est à cet égard favorable à une évolution progressive de l'écotaxe poids lourds. Pour lui, la fiscalité écologique est à terme l'un des moyens les plus efficaces pour faire évoluer les comportements de nos concitoyens mais qu'elle doit rester une incitation et un signal.

 

Src : La chaine énergie du 6 octobre 2011 © L’EXPANSION – L’EXPRESS

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