> Energie : le coût humain de nos choix énergétiques

Publié le par enerli

Aussi surprenant que cela puisse paraître, jusqu'à présent, les énergies fossiles tuent plus que le nucléaire. Le New Scientist explique en quoi les combustibles fossiles se montrent bien plus meurtriers que le nucléaire.


Suite à la crise nucléaire qui frappe le Japon, l’Allemagne a décidé d’arrêter temporairement 7 de ses réacteurs et la Chine, qui construit plus de centrales nucléaires que tous les pays du monde réunis, a suspendu toute approbation de nouvelles installations. Mais ces réactions pourraient être davantage motivées par des considérations politiques que par la crainte du nombre de morts qu’une catastrophe pourrait entraîner. C’est sans doute une bien maigre consolation pour tous ceux qui vivent à proximité de Fukushima, mais le nucléaire tue nettement moins de personnes que d’autres sources d’énergie, si l’on en croit un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

 

« Cela ne fait aucun doute », affirme Joseph Romm, expert dans le domaine de l’énergie au Center for American Progress, à Washington. « Rien ne cause plus de décès que les combustibles fossiles. »

 

Dans une analyse effectuée en 2002, l’AIE avait rassemblé les études existantes afin de comparer entre plusieurs grandes sources d’énergie les décès survenus par unité d’électricité produite. L’Agence avait examiné le cycle de vie de chaque combustible depuis son extraction jusqu’à la phase située en aval de son utilisation, et avait inclus les décès par accident ainsi que les expositions à long terme aux émissions ou aux radiations. C’est le nucléaire qui avait obtenu la meilleure note, tandis que le charbon était la source d’énergie qui faisait le plus de victimes.

 

Graphique du bilan des décès par source d'énergie


Cela s’explique par le grand nombre de décès dus à la pollution. « C’est l’ensemble du cycle de vie qui entraîne des lésions, des maladies et des décès », explique Paul Epstein, directeur adjoint du Center for Health and the Global Environment à la Harvard Medical School. Les fines particules que rejettent les centrales au charbon feraient environ 13 200 victimes par an rien qu’aux États-Unis, selon la Clean Air Task Force, à Boston (The Toll from Coal, 2010). À cela s’ajoutent les décès survenant lors de l’extraction et du transport du charbon, et ceux provenant d’autres formes de pollution liées à ce combustible. L’Agence internationale de l’énergie atomique et les Nations unies estiment quant à elles que le nombre de morts par cancer suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986 se situera finalement aux alentours de 9000.

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Les chiffres indiquent en fait que ce ne sont pas les événements catastrophiques qui causent le plus de décès dans l’industrie nucléaire. En effet, plus de la moitié des ceux-ci surviennent lors de l’extraction de l’uranium, d’après l’AIE. Mais même lorsque l’on prend aussi en compte ces décès-là, le nombre de victimes reste bien en deçà de celles dont sont responsables les autres sources d’énergie.

 

Pourquoi, dès lors, se focalise-t-on sur le nucléaire ? « Pour le charbon, nous constatons année après année une progression régulière du nombre de décès, par arrêt cardiaque, par exemple, mais ces décès n’ont pas de visibilité. Tandis que lorsqu’il y a rejet de radioactivité à grande échelle, c’est une catastrophe qui, à juste titre, nous effraye », indique James Hammitt, du Harvard Center for Risk Analysis, à Boston.

 

Une fois encore, la perception que le grand public a des événements n’est pas la bonne. Lorsqu’en 1975, environ 30 barrages ont cédé les uns après les autres en Chine à cause de terribles inondations, quelque 230 000 personnes ont trouvé la mort. Si l’on prend en compte ne serait-ce que ce seul événement, on s’aperçoit que l’hydroélectricité est beaucoup plus meurtrière que n’importe quelle autre source d’énergie.

 

Src : Phil McKenna du 23 mars 2011 © New Scientist 2011, Magazine issue 2805

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