> Economie : En France, les grosses entreprises empêchent la croissance des PME

Publié le par enerli

 

Pour André-Yves Portnoff, consultant en prospective et stratégie, Directeur de l'Observatoire de la Révolution de l'intelligence (Groupe Futuribles International), il est temps d'aider enfin les PME pour relancer la croissance.


Va-t-on droit vers la fin de l'Europe ?


Oui, car le "scénario tendanciel" est toujours catastrophique. Si on ne fait rien, l'Europe va accélérer sa décadence, avec plusieurs scénarios catastrophiques qui peuvent intervenir localement simultanément.

 

Scénario brun, des gouvernements xénophobes, plus ou moins fascistes, avec ça et là une variante populiste d'extrême gauche.

 

Scénario noir, des gouvernements pris en main par la criminalité organisée, mafias italiennes et slaves se donnant la main.

 

L'Italie illustre une combinaison partielle des deux scénarios, le tout impliquant et aggravant un effondrement de la puissance économique et de la qualité de vie de l'Europe. Et l'exemple italien montre que la corruption coûte trop cher en période de récession.


Quel est le modèle économique d'une Europe vertueuse ?


Une Europe vertueuse rependrait confiance dans ses atouts, une culture d'un niveau et d'une qualité sans équivalent, porteuse d'un message non ego-centré mais universel, celui de l'humanisme, des droits de l'homme, de la démocratie réelle, pas seulement formelle. Nous plaidons dans Aux actes, citoyens ! pour une Europe des Lumières capable d'appuyer les Indignés du monde entier, leur proposer de dépasser la révolte et de construire ensemble.

 

Cette Europe valoriserait sa culture tolérante, laïque, solidaire, ingrédients nécessaire pour la créativité, donc l'innovation, comme l'histoire le confirme depuis Alexandrie à la décadence de l'URSS.

 

L'Europe se fixerait une ambition industrielle, des objectifs et une stratégie de développement. Loin de se fermer sur elle-même, elle nouerait les alliances nécessaires dans le monde. Elle aurait pu, par exemple, s'appuyer sur le dernier champion télécom européen, Nokia, sur Linux, le logiciel libre lui aussi européen au départ, sur l'ordinateur scolaire du professeur Negroponte, pour lancer en équipant nos écoles une informatique communicante européenne libre.

 

Au lieu de cela, on subventionne Microsoft et on achète des tablettes Google à nos étudiants. On pense petit !


L'innovation, le salut des pays industriels?


Le choix est simple : soit on maximise les profits immédiats de quelques-uns, comme le veut le hold-up néolibéral, et tant pis si l'on détruit les entreprises et désertifie les territoires.On dégraisse les effectifs, on délocalise, les salariés sont démoralisés, peu importe, on n'innove plus.

 

C'est ainsi que les industries de la radio, de la TV américaines sont mortes, et Hewlett Packard, n°1 mondial des PC vient d'emboîter le pas, il va abandonner les PC, 32% de son chiffre d'affaires, 42 milliards de revenu.


Soit on parie sur l'avenir comme nombre d'entreprises à succès durable que nous décrivons dans Aux actes. On investit dans les hommes, on fidélise par un management respectueux ses personnels qui fidélisent à leur tour les clients. On stimule la créativité par l'écoute et la reconnaissance. On innove en matière de produits, de services, de process, d'organisation, de partenariat, on se différencie pour échapper à la mortelle compétition par les coûts.

 

Et on ne cherche pas à maximiser les profits immédiats en tuant la poule aux œufs d'or. La production, la distribution doivent rester physiquement proches pour l'essentiel de la conception et l'innovation, les délocalisations ne se justifiant que pour se rapprocher des marchés.

 

Répétons que l'innovation n'est pas que technique et peut trouver sa source à tous les niveaux hiérarchiques. La société Favi depuis trente ans gagne trois points de productivité grâce aux innovations venant de ses ouvriers... 


Pourquoi depuis des décennies la France ne crée plus suffisamment de croissance?


On sait que les grands groupes détruisent de l'emploi, celui-ci est entièrement généré par les PME. En France et en Europe, le tissu de grandes entreprises ne se renouvelle pas. Les gros innovent de moins en moins mais empêchent la croissance des jeunes champions, particulièrement en France ; c'est moins vrai en Allemagne.

 

Connivences entre élites sorties des mêmes écoles, électoralisme et modèles mentaux font que l'essentiel des aides publiques vont à quelques grands groupes.

 

La situation ne s'est pas améliorée depuis qu'en juillet 1987, un rapport du ministère de l'Industrie dressait un tableau alarmant de la situation française : « Nos exportations de produits à haute technologie sont insuffisantes. La France est le seul des grands pays de l'OCDE dont les exportations sont dominées par les ventes de produits à faibles intensité technologique. L'aide de l'Etat est concentrée sur un petit nombre de secteurs et d'entreprises. Les grandes entreprises restent les principales bénéficiaires des aides: 73 entreprises ont reçu 71% du total des aides, soit plus que leur poids dans les effectifs des chercheurs (46%) ou dans le volume des travaux de R & D des entreprises (52%). »


Il faut rompre avec cette « République des Copains » ou accepter une coûteuse dégringolade.

 

On connaît les solutions, il faut cesser d'en parler et agir réellement. Le choc de la crise et la période pré-électorale sont favorables pour exiger des politiques qu'ils deviennent sérieux, qu'ils simplifient et concentrent les procédures, qu'ils ouvrent de fait ou de droit les marchés publics aux PME innovantes en créant une discrimination positive, premier pas vers la multiplication d'ETI françaises puis européennes et la formation de leaders mondiaux français et européens, notamment dans les secteurs high-tech à forte croissance, tout ce qui relève de la vie quotidienne de demain dans un contexte massivement interconnecté.


Src : Danièle Licata du 07 octobre 2011 © L'EXPANSION

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