> Economie : DEXIA, l'Etat a-t-il fermé les yeux sur ses difficultés ?

Publié le par enerli

 

Depuis quelques jours les informations fleurissent sur la gestion plus ou moins douteuse de la banque, avant et après son sauvetage, en 2008. Les dirigeants notamment sont pointés du doigt.

 

L'Etat a-t-il fermé les yeux sur les difficultés et irrégularités de Dexia ? Depuis quelques jours les informations fleurissent sur la gestion plus ou moins douteuse de la banque, avant et après son sauvetage, en 2008. Les patrons de Dexia, à l'image de Philippe Mariani, ont beau déclaré que la banque a été la victime d'une aggravation de la crise actuelle, des rapports officiels soulignent des erreurs de gestion...

 

Alerte sur la situation financière

 

Selon un document révélé par la presse belge, le régulateur bancaire français, l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) aurait tiré la sonnette d'alarme sur la situation financière de Dexia dès l'été 2010, en soulevant les problèmes de liquidités de la filiale spécialisée dans les prêts aux collectivités locales. Les mêmes difficultés justement qui ont conduit au démantèlement de la banque il y a deux semaines. Dans cette lettre datée du 16 août 2010, l'ACP aurait menacé la banque franco-belge d'un placement sous surveillance spéciale avec désignation d'un contrôleur ad hoc, estimant que la situation de DCL n'était pas conforme à la réglementation bancaire en vigueur.

 

Mais la menace n'a jamais été mise à exécution.

 

Quelques mois plus tard, nouvelle mise en garde. Cette fois, l'ACP aurait pointé une série de "déficiences" dans la gestion des risques de l'entité française. "De manière générale, DCL n'est pas ou n'a pas été toujours en mesure de déterminer précisément les paramètres de risque liés aux instruments et titres détenus", souligne le courrier envoyé en septembre 2010.

 

Mais là encore, rien n'est fait pour remédier à cette faiblesse.

 

Paradoxalement, quelques semaines avant la première lettre, Dexia avait pris la décision de sortir du mécanisme de garantie des Etats sur ses financements, mis en place en octobre 2008, "compte tenu de l'amélioration de sa situation de liquidité". Pour Philippe Mariani, qui s'en est expliqué au journal Le Soir, il était impératif de sortir du dispositif au risque d'être démantelé...

 

Mais comme le souligne un journaliste du Monde, l'une des conséquences de la sortie était aussi la possibilité pour les dirigeants de s'attribuer à nouveau des bonus!

 

Infractions chez les patrons

 

Plus grave encore selon Libération, qui s'est également procuré le document de l'ACP, l'organisme chargé de réguler le secteur bancaire aurait directement mis en cause l'ancienne direction pour des agissements constitutifs d'infractions pénales, sans que l'Etat, devenu entre temps l'un des actionnaires majoritaires, n'ait jamais rien trouvé à y redire.

 

Selon le rapport cité par le quotidien "en 2007 et jusqu'en 2008, la communication financière de Dexia crédit Local est restée évasive sur la montée des risques, dont le directeur général et certains administrateurs avaient eu connaissance. Elle a passé sous silence les infractions à la réglementation en vigueur et le suivi du risque de liquidité".

 

Dans le détail, la direction de l'époque - Axel Miller et Pierre Richard pour ne citer qu'eux- est notamment accusée d'avoir acheté à crédit un portefeuille d'obligations et de titres spéculatifs d'un montant de 100 milliards d'euros, un "financement contraire à la logique des collectivités locales", souligne le rapport, qui n'aurait jamais été transmis ni à l'AMF ni au parquet de Paris.

 

Quant à l'équipe de direction actuelle, elle n'est pas non plus épargnée. Dans un courrier daté du 4 septembre 2009, le rapport souligne que "le directeur général de l'établissement a communiqué une sous-estimation du volume des transactions".

 

Une "communication de renseignement inexacts" là encore soumise, selon Libération, au droit pénal.

 

Une augmentation de capital douteuse

 

Autre grief fait à la banque, mais qui cette fois provient du Financial Times. Selon le quotidien financier, Dexia aurait prêté 1,5 milliard d'euros à ses deux premiers actionnaires institutionnels avant 2008 afin qu'ils procèdent à des acquisitions de titres de la banque franco-belge. Holding communal et Arco, les deux organismes représentants de municipalités et de syndicats belges, auraient respectivement emprunté 1,2 milliard et 275 millions d'euros pour participer au sauvetage de la banque en 2008.

 

En clair, l'établissement franco-belge aurait emprunté des fonds dont il était propriétaire pour financer sa propre augmentation de capital. Selon le quotidien, cette pratique ne tombait pas à l'époque sous l'interdiction légale en droit belge.

 

Elle a été pénalisée depuis.

 

Src : L'Expansion.com du  21 octobre 2011 © L’EXPANSION – L’EXPRESS

Publié dans ECONOMIE

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