> Economie : A quoi sert encore la bourse ?

Publié le par enerli

 

La Bourse décroche un triple "0". Les particuliers la désertent. Des entreprises rachètent leurs propres actions, et d'autres la quittent. A quoi, et à qui, sert-elle encore ?

 

Grande pagaille à la Bourse : les investisseurs vendent, les cours plongent et les patrons rachètent! « Nous envisageons soit un rachat d'actions, soit une distribution de dividendes exceptionnels, a déclaré Arnaud Lagardère, dans Les Echos du 6 septembre. Il suit Martin Bouygues, qui a annoncé, le 31 août, un rachat d'actions portant sur 11,7% de son capital, pour un montant de 1,26 milliard d'euros. « Notre capitalisation boursière est inférieure à nos fonds propres et, en trois mois, notre cours a baissé de 27% », s'est justifié le PDG.

 

Selon une étude de Natixis, depuis le début de l'année, le montant total de rachats d'actions sur le marché français atteint 4,3 milliards d'euros, déjà supérieur aux 3,4 milliards de 2010. Avec des trésoreries abondantes et des capitalisations en berne, le contexte est favorable à ce genre d'opérations, qui ont, pour les entreprises cotées, l'avantage de faire remonter les cours.

 

Mais ce phénomène n'est pas qu'une affaire d'opportunité. Aux Etats-Unis, les entreprises ont racheté plus d'actions qu'elles n'en n'ont émises, avant la crise, de 2005 à 2007, et ce pour un montant cumulé de 1300 milliards de dollars! Après deux années de retour à la normale, les rachats d'actions sont repartis de plus belle (voir graphique) aux Etats-Unis comme en Europe.

 

« La contribution nette des marchés d'actions au financement de l'économie est ainsi devenue nulle, voire négative », écrit l'économiste Frédéric Lordon. La Bourse ne remplit plus sa première fonction: collecter des fonds pour les entreprises. « Le marché boursier joue de moins en moins son rôle d''pporteur de fonds à l'économie », constate aussi l'agent de change Jean-Jacques Perquel, auteur de plusieurs ouvrages sur la Bourse.

 

Seconde fonction théorique de la Bourse : protéger des épargnants grâce à la liquidité et à la fixation transparente des prix. Encore un échec, au moins pour les actionnaires individuels. Selon une étude TNS-Sofres de juin 2011, 2 millions d'entre eux ont déserté la Bourse depuis 2008. Ils n'ont plus rien à faire dans un marché où 40% des transactions sont réalisées par des ordinateurs bourrés d'algorithmes, qui passent des ordres à la nanoseconde. Les petits actionnaires ne sont pas invités non plus dans les dark pools, systèmes souvent proposés par les banques, où les investisseurs institutionnels peuvent s'échanger des blocs de titres. Un mécanisme qui agace les dirigeants de sociétés cotées, comme Martin Bouygues, qui ne savent plus ce qui se passe sur leurs titres. « Depuis une quinzaine d'années, tout est déréglé », assène Marc Fiorentino, PDG de MonFinancier.com.

 

Alors, comme les actionnaires individuels, certaines entreprises préfèrent quitter la Bourse. Clarins l'a fait en 2008, après vingt-quatre ans de cotation. « On ne peut pas diriger une entreprise en étant constamment sous le poids des rumeurs, indiquait alors Christian CourtinClarins. Le marché est à court terme, voire à très court terme : notre stratégie est plutôt à moyen et long terme. » Quant à Yvon Gattaz, président de l'Asmep-ETI — le syndicat des entreprises de taille intermédiaire — et actionnaire avec sa famille de Radiall, il alerte ses adhérents: « N'entrez pas en Bourse, vous ne pourriez plus en sortir! » Depuis juin 2010, Radiall tente de mettre fin à son parcours boursier, sans succès, à cause d'un désaccord avec NYSE-Euronext sur le calcul du capital flottant. En mai 2011, la société a même assigné l'entreprise de marché en justice. Une première!

 

Une question cyclique

 

Désertée par les petits actionnaires, utilisée à l'envers par les grandes entreprises et suscitant la méfiance des PME, à quoi, et surtout à qui, sert donc la Bourse?

 

Après la crise de 1997, le Prix Nobel d'économie Maurice Allais s'en inquiétait déjà. Jean-Jacques Perquel en avait discuté avec lui. « Il se demandait à quoi pouvaient servir des transactions qui ne sont utiles ni à l'entreprise ni à l'actionnaire. »

 

Pour Maurice Allais, une solution s'imposait: abandonner la cotation en continu et revenir, sur chaque place, à une cotation par jour pour chaque valeur. Cela n'empêcherait ni les entreprises de se financer ni les actionnaires individuels d'acheter ou de vendre des actions. « La question du rôle de la Bourse est cyclique, note Marc Morentino. Quand tout va bien, personne ne se la pose, quand on est dans une période de baisse, elle revient sur le devant de la scène. » Comme la taxe Tobin, qui a tout de même fini par progresser dans les esprits.

 

Src : Irène INCHAUSPE du 8 septembre 2011 © CHALLENGES

Publié dans ECONOMIE

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