> Economie : Pourquoi le Royaume-Uni s'endette à bien meilleur taux que la France

Publié le par enerli

 

14.11.2011 - Les performances économiques et budgétaires du Royaume-Uni ont beau être pire que celles de la France, Londres se finance sur les marchés à des conditions beaucoup plus faborables. Explications.

 

L'Allemagne n'est pas le seul pays européens à disposer de taux d'intérêt bien meilleurs que la France. Le Royaume-Uni aussi. Malgré un déficit public supérieur à celui de ses voisins et une dette en hausse, il est devenu un refuge pour les investisseurs qui plébiscitent ses obligations d'Etat, alors qu'ils se méfient de la France.


Baromètre de la confiance des marchés dans la signature d'un pays, le taux des obligations britanniques à dix ans est désormais à un plus bas historique. Il évoluait lundi matin aux alentours de 2,25%, à peine supérieur à celui de l'Allemagne (1,85%), contre 3,3% pour la France et plus de 6% pour l'Italie. Londres peut ainsi financer la dette du pays dans les meilleures conditions possibles.


Le Premier ministre conservateur David Cameron voit dans ce phénomène la preuve éclatante du bien-fondé de sa politique de rigueur et un hommage des marchés à sa volonté de s'y tenir coûte que coûte. Mais il a aussi souligné la fragilité de la situation, en prévenant que le pays ne sortirait pas indemne d'un naufrage de la zone euro avec laquelle il effectue près de la moitié de ses échanges.


Le prix de la souveraineté financière

 

Si l'on s'en tient aux données économiques fondamentales, le statut actuel de la dette souveraine britannique est, de l'avis général des experts, largement usurpé. Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, le déficit du Royaume-Uni s'élevera cette année à 9,4% du Produit intérieur brut, un chiffre supérieur à celui de la Grèce (8,9% de déficit). La croissance (+0,7%) sera une des plus faibles de toute l'Union européenne et la dette publique est comparable à celle de la France (84% du PIB contre 85,4%), qui vit désormais dans la crainte de perdre son fameux "triple A".

 

Mais le seul fait de se trouver en dehors de la zone euro suffit aujourd'hui à rassurer de nombreux investisseurs. "C'est un élément-clé", assure Colin Ellis, chef économiste à la BVCA, une association regroupant plusieurs sociétés d'investissement. En ces temps troublés, avoir sa propre monnaie et une Banque centrale autonome "fait une grosse différence", donnant une marge de manoeuvre dont ne disposent pas les pays dépendant de la Banque centrale européenne, a-t-il expliqué à l'AFP. Pour lui, la Banque d'Angleterre (BoE) a joué un rôle déterminant en achetant depuis deux ans pour des dizaines de milliards de livres d'obligations d'Etat, ce qui les a rendues moins vulnérables aux attaques des spéculateurs. "Sans ces interventions de la BoE, nous serions nous aussi dans une situation où les taux des obligations augmenteraient avec les mauvaises nouvelles économiques", renchérit Stephen Gallo, analyste du cabinet Schneider FX.

 

D'autres experts, comme Philip Shaw d'Investec, mettent en avant la "crédibilité budgétaire du gouvernement" qui refuse de revenir sur son plan de rigueur malgré les appels pressants pour l'adoucir afin de préserver la croissance et l'emploi. Quitte à augmenter le risque, souligné par certains, de faire replonger le pays dans la récession.

 

Pour l'ensemble de la classe britannique, travaillistes et conservateurs confondus, la non-appartenance à l'euro est en tout cas devenu un atout incontestable.


Le chef de la diplomatie William Hague a comparé sa création à un "moment de folie collective" et l'ex-Premier ministre travailliste Tony Blair, pourtant considéré comme le plus europhile de ces 30 dernières années, s'est félicité ce week-end que son pays n'ait pas succombé au "mythe" de la monnaie unique européenne


Src : AFP du 14 novembre 2011 © L’EXPANSION

Publié dans ECONOMIE

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