> Economie : 1,5 milliards d'euros dépensés en pure perte ?

Publié le par enerli

 

Le gouvernement va durcir le bonus-malus écologique en 2012. Il est vrai que son bilan est discutable. Depuis son entrée en vigueur, les émissions des voitures neuves achetées en France ont baissé de 14%. Mais sans bonus "écolo" ni prime à la casse le Royaume-Uni a fait bien mieux.

 

Le gouvernement a-t-il eu raison de décider en octobre 2007 d'inciter financièrement les Français à acheter des voitures neuves moins polluantes à travers un dispositif inédit de bonus-malus ? Pour répondre à cette question, on peut se contenter de scruter la façon dont les Français ont fait évoluer leurs achats de véhicules neufs entre 2007 et aujourd’hui.

 

Selon les données recueillies par le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), les voitures neuves achetées il y a quatre ans émettaient en moyenne 149,2 grammes de CO2 par kilomètre. Au premier semestre 2011, le chiffre est tombé à 127,4 grammes. En quasiment quatre ans, l’Etat aura donc contribué à réduire de 14,6% les émissions moyennes de CO2 des véhicules neufs immatriculés en France.

 

Une baisse quasi équivalente à celle observée outre-Rhin

 

Mais pour apprécier pleinement l’importance de cette variation, il convient de la comparer avec ce qui s’est passé sur deux marchés de taille comparable où l’achat de véhicules moins polluants n’a fait l’objet d’aucune incitation financière : l’Allemagne et le Royaume-Uni. Outre-Rhin, où les constructeurs automobiles se sont contentés d’un simple système de prime à la casse, le taux moyen d’émission de CO2 des véhicules neufs est passé de 169,5 à 146,2 grammes de CO2, soit… une baisse de 13,7%.

 

Les Allemands, amateurs de grosses berlines, sont ainsi parvenus à faire presque aussi bien que les leurs voisins français habitués à rouler dans des véhicules de moindre cylindrée.

 

Les consommateurs britanniques ont tiré profit de l'effort des contribuables français

 

La comparaison avec le Royaume-Uni est encore plus cruelle. En 2007, le parc automobile neuf affichait en moyenne un taux d’émission de CO2 de 164,4 grammes par kilomètre. Quatre ans plus tard, il est passé à 138,9 grammes, soit une baisse de 15,5%. Le tout sans aucune aide d’Etat, l’industrie automobile locale se réduisant à quelques usines dont les propriétaires sont tous étrangers. Les Britanniques, gros acheteurs de véhicules français et allemands ont ainsi fait mieux sans dépenser une seule livre.

 

C’est là que le bât blesse. Imaginé pour être à l’équilibre, le dispositif de bonus/malus, ne l'a jusqu'alors jamais été. D’après les chiffres fournis par Bercy à Challenges.fr. Le solde -négatif - entre les recettes du malus et les versements liés au bonus a atteint 244 millions d'euros en 2008, avant de passer à 530 millions l'année suivante et 510 millions en 2010. Et Bercy prévoit pour 2011 un coût de 150 millions, grâce notamment à la baisse des bonus versés (372 millions d'euros contre 692 millions en 2010).

 

Près de 1,5 milliards d'euros dépensés en pure perte ?

 

En quatre ans, le dispositif aura donc coûté 1,434 milliard d’euros à l’Etat, soit davantage que la prime à la casse. Il aura sans doute servi à impliquer davantage les constructeurs automobiles dans la recherche de motorisation plus performante. Mais cet effort considérable des contribuables français aura finalement autant, voire davantage, profité aux autres Européens qui se sont vus proposer les mêmes véhicules devenus moins polluants.

 

L'Etat aurait-il pu pour autant s'épargner cet effort ? Difficile de trancher. La France figurait en 2007 parmi les pays où les véhicules neufs achetés sur son territoire étaient les moins polluants. Cela reste le cas aujourd'hui.  Si ce n'est qu'au premier semestre 2011 les émissions de C02 des voitures neuves nouvellement immatriculées ont moins baissé dans l'Hexagone que dans les autres principaux pays européens (-2,3% en France, -4,1% au Royaume-Uni, -3,9% en Allemagne).

 

En dépit de son malus, le Duster de Dacia figure désormais parmi le top 10 français

 

Par une sorte d’effet pervers, la baisse, le 1er janvier 2011, du montant du bonus écologique, ou du moins la réduction de la dose minimale d’émissions de CO2 pour en bénéficier, pourrait donc même inciter les Français à se détourner des modèles les plus vertueux pour privilégier les véhicules offrant le meilleur rapport qualité-prix.

 

La preuve? Parmi les dix voitures les plus vendues en France depuis le début de l'année figure désormais -au dixième rang- le Dacia Duster, qui figure parmi les véhicules soumis au... malus écologique.

 

Src : Pierre Kupferman (avec Jérôme Lefilliâtre) du 11 octobre 2011 © CHALLENGES

 

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